Bibliographie
* les labourables, Bruno Guattari Éditeur, 2023
* second jardin (drugi vrt), Éditions Isabelle Sauvage, 2022
* Otok, Éditions Isabelle Sauvage, 2017
* Most, Éditions La Dragonne, 2016
* Kim m'apprivoise, Approches Editions (collection Textes nus), 2015
* Traverses, Éditions Isabelle Sauvage, 2014
* Exsangue , Éditions Pré # Carré, 2012
* Else avec elle , Éditions Isabelle Sauvage, 2012 (Prix Poésyvelines 2013)
* Else comme absentée, Éditions Henry, 2011
* Les jours où Else, Éditions Isabelle Sauvage, 2011
* Ouvert l’album, avec des photographies de Francis Goeller, 2011
* Sven, Éditions Gros Textes, 2011
* Roche Jagu / Roc'h Ugu, Éditions Encres Vives, 2010
* Depuis 2008, publication de poèmes et textes dans diverses revues (N 4728, Aka, Décharge, La Canopée...) et sur internet (Ce qui reste, Terre à Ciel, The enchanting verses). En 2016 et 2019, extraits et poèmes parus en traduction dans la revue croate Tema.
Livres d'artistes :
* Kim m'apprivoise, Approches Editions (collection Textes nus), 2015
* Traverses, Éditions Isabelle Sauvage, 2014
* Exsangue , Éditions Pré # Carré, 2012
* Else avec elle , Éditions Isabelle Sauvage, 2012 (Prix Poésyvelines 2013)
* Else comme absentée, Éditions Henry, 2011
* Les jours où Else, Éditions Isabelle Sauvage, 2011
* Ouvert l’album, avec des photographies de Francis Goeller, 2011
* Sven, Éditions Gros Textes, 2011
* Roche Jagu / Roc'h Ugu, Éditions Encres Vives, 2010
* Depuis 2008, publication de poèmes et textes dans diverses revues (N 4728, Aka, Décharge, La Canopée...) et sur internet (Ce qui reste, Terre à Ciel, The enchanting verses). En 2016 et 2019, extraits et poèmes parus en traduction dans la revue croate Tema.
Livres d'artistes :
* Qui les chemins d'ici, poème accompagné de peintures de Thierry Le Saëc, Éditions de la canopée, 2022
* aux mains gauches, poème accompagné de photographies de Sylvie Tubiana, Éditions Fragment Du Livre, 2022
En traduction :
* Odleteli glasovi tistega dne, Éditions Beletrina, 2019 - Traduction en slovène de Primoz Vitez.* The coming weather/ An amzer o tont /Le temps venant, Éditions Ledbury Poetry Festival, 2018 - Traduction en anglais de Ian Monk.
En traduction dans des anthologies :
* Europe in Poems / The Versopolis Anthology, Éditions Arc Publications et Beletrina, 2020 - Poèmes en français et en anglais dans la traduction de Ian Monk.
* 56. goranovo proljece, Éditions Skudigk, 2019 - Traduction en croate des poèmes de Lou Raoul par Vanda Miksic.
* Inna geografia, Antologia wspolczesnej poezji bretonskiej, Éditions Convivo, 2018 -
Traduction en polonais des poèmes de Lou Raoul par Kasimierz Brakoniecki.
À propos de Les jours où Else
À propos de Sven
Il s'agissait dans ce projet d'épauler toute personne qui le souhaitait dans l'expression de ses ressentis face à ces changements auxquels elle faisait face. Certaines personnes ont écrit, la plupart ont préféré s'exprimer oralement. Tandis que les uns et les autres me confiaient des pans de leur vie, leurs réflexions sur tel ou tel sujet, leurs déboires, leurs rêves, je prenais note des paroles et en glanais d'autres au fil de mes allées et venues dans le quartier. Il faut parfois du temps pour gagner la confiance des personnes et accéder à leur parole. Je comprends très bien cela : le besoin de discrétion et de pudeur, etc.
10/JCB : Depuis vos débuts en publication, avez-vous le sentiment d'une progression, d'un chemin qui avance, d'une quelconque sorte de changement dans votre écriture ?
Traduction en polonais des poèmes de Lou Raoul par Kasimierz Brakoniecki.
Liens vers ailleurs
- Lou Raoul sur Versopolis, plateforme européenne dédiée à la poésie
- Lou Raoul sur le site des éditions Isabelle Sauvage
- Entretien de l'éditrice Isabelle Sauvage avec Béatrice Machet / Radio Agora Côte d'Azur
- Lou Raoul sur le site de Terre à Ciel
- Un poème de Lou Raoul publié sur le site Terre à ciel
- Lou Raoul sur le site de Terre de femmes
- Lou Raoul sur le site de Ce qui reste
- Un poème de Lou Raoul publié sur le site de la revue Traction Brabant
- Un poème de Lou Raoul publié sur le blog Les Mots Les Plus Grands
- Un poème de Lou Raoul publié sur le site Littérature de Partout
À propos de les labourables
À propos de Second jardin (drugi vrt)
À propos de Otok
À propos de Most
À propos de Kim m'apprivoise
À propos de Traverses
- Une note de lecture sur le site du CCP
- Une note de lecture sur le site Poésie chronique ta malle
- Extraits de Traverses sur le site Terre de femmes
À propos de Else avec elle
- Une note de lecture sur le site Remue.net
- Une note de lecture sur le blog de Jacques Josse
- Une note de lecture sur le site Poésie chronique ta malle
- Une note de lecture sur le site zen évasion
- Une note de lecture sur le site Terre à ciel
- Une note de lecture sur le site de La Lettre de La Magdelaine
- Une note de lecture sur le site Terre à ciel
- Une note de lecture sur le blog Verre Menthe
- sur le site passion du livre
- sur poesie.evous
- sur le site du choix des bibliothécaires
*
Interview de Lou Raoul par Jean-Christophe Belleveaux
Des
sentiers d'écriture dans la friche de la vie
Janvier 2012
1/Jean-Christophe Belleveaux : J'ai
découvert votre écriture, Lou Raoul, par quelques textes publiés
dans le n° 74-73 de la revue Liqueur 44. J'ai
été tout de suite intrigué par cette construction : des mots
concrets qui renvoient à un quotidien facilement identifiable et à
une histoire personnelle qui l'est moins, mais surtout une langue
bousculée dans sa structure, sans excès mais suffisamment pour
donner lieu à ce que j'appellerais un trébuchement poétique.
Pouvez-vous nous dire quel rapport vous entretenez aux mots et à la
langue, aux langues ?
Lou Raoul : Si je
savais répondre à votre question, il est probable que je n'écrirais
pas... et peut-être que j'aurais aussi arrêté de parler... Le
langage en tant que faculté humaine m'interpelle de longue date pour
ce qui s'y joue de tentative de communication entre les individus. Si
je pouvais clairement expliquer mon rapport aux mots et à la langue,
il me semble que je n'aurais aucun besoin de recourir à l'écriture
comme espace d'expression de quelque chose qui me semble peu audible
dans le quotidien, de recourir à un espace de création où il est,
pour moi, question de transcender les événements ou les
non-événements du quotidien.
2/JCB : Qu'est
ce qui, dans l'écriture, fait poésie pour vous ? Transcender le
quotidien est-il obligatoire ?
LR : Ce que
je ressens comme poésie en écriture peut être lié à l'expression
de sentiments et/ou encore au rythme, aux sonorités, aux images, à
la présence d'une distorsion ou d'une étrangeté par rapport à une
norme du langage. Il n'y a pas de hiérarchie dans les éléments
cités ci-dessus. Et puis je ne suis pas sûre qu'il existe pour moi
une frontière entre poésie dans l'écriture et poésie dans la vie.
Un exemple peut-être à l'appui ? Je vous joins ci-dessous quelques
mots qui font pour moi poème, des mots écrits par quelqu'un qui a
souhaité rester anonyme. Le contexte de leur écriture, du moins ce
que j'en peux imaginer, est ici important également, tout comme le
contexte où j'en prends connaissance. Je recopie la disposition
initiale de ce court poème, voyez ici :
( Il y a
dans une chambre (ou grange) abandonnée ce tas de patates qu'il faut
dégermer. il pleut. le travail et le silence continuent.
le travail
et
le silence )
le travail
et
le silence )
Ces
mots saisis à l'ordinateur faisaient l'objet d'un petit billet
glissé dans un filet de pommes de terre et ont été trouvés en
1998 par un proche qui m'en fera très vite part. Le contenu de ce
billet ainsi que le fait que quelqu'un écrive ceci et le glisse
parmi des légumes conditionnés en filets destinés à la vente
m'interpellent beaucoup. Oui, ce double geste (l'écriture de ces
mots et leur diffusion de cette manière) me touche profondément et
cette découverte reste un événement d'une rare beauté qui
m'éblouit encore des années plus tard. Pour revenir à la question
de transcender le quotidien, il s'agirait d'utiliser mon vécu
personnel en ce qu'il a de semblable à celui d'autres personnes, et
aussi de tenter de poser un peu de paisible dans le chaos.
3/ JCB : Pour revenir sur le langage, dans Sven (Éditions
Gros Textes, 2011) sont cités les mots pour désigner les différents
types de neige en Laponie. Dans Roche Jagu / Roc'h Ugu
(Éditions Encres Vives, 2010) et dans Les jours
où Else (Éditions Isabelle Sauvage, 2011), ce sont des
phrases entières en langue bretonne,
"l'autre langue", celle des racines. Parlez-nous de cette
dernière, de l'importance qu'elle a pour vous et comment elle
intervient dans votre écriture.
Puis,
quelles sont les autres langues qui vous "parlent", dans
quelle mesure, pour quelles raisons ?
LR : M'intéresse
dans les langues la grille que pose chacune d'entre elles sur le
monde et comment cette grille change en fonction de la langue. C'est
une vérité toujours à reconstruire. En ce qui concerne la langue
bretonne, c'est peu à peu qu'elle s'est imposée dans mes chantiers
d'écriture de ces dernières années. Je suis née dans deux
langues : le français et le breton, cela est lié à mes
origines familiales. Cette phase d'intégration de brides de breton
dans mon écriture a été précédée par la création de spectacles
bilingues français/breton qui mêlaient des adaptations de contes
(de tradition bretonne mais aussi islandaise ou russe) et des textes
en prose poétique : c'est un espace où j'ai retrouvé le plaisir de
m'exprimer oralement dans cette langue bretonne que je côtoie depuis
l'enfance, où j'ai pu retrouver la façon de cette langue utilisée
à l'oral dans les échanges quotidiens avec des proches. On est loin
du militantisme, loin aussi d'un phénomène que je qualifierais,
pour une part, de récupération politique et que l'on peut observer
aujourd'hui autour de cette langue comme autour d'autres langues
minoritaires. Comme souvent, on peut y pointer des dérives... On est
ici et plus simplement dans les racines d'un milieu populaire et
rural à l'ouest de la Bretagne. J'ai parfois l'impression que mon
utilisation de cette langue en écriture participe à l'acceptation
du temps qui passe, à une histoire de deuil(s) à faire. Aussi bien
cessera-t-elle à un moment de s'imposer ainsi dans mon écriture ?
A vérifier dans quelques mois… ! Cette langue ne cessera
cependant de m'habiter et aussi bien resurgira à un moment !
Ces bribes sont toujours accompagnées de leur traduction ou
adaptation en langue française, afin de les rendre accessibles aux
lecteurs qui ne connaissent pas la langue bretonne. Il y va du respect de
l'autre. Cela se base aussi sur le souhait de partager le
bonheur que je rencontre dans cette langue autre.
4/JCB : Dans
Les jours où Else, vous incluez dans un
maillage audacieux avec votre propre "narration" trois
adaptations que vous avez faites : un conte islandais, un autre
breton et une histoire que je qualifierais de symbolique pour faire
simple, d'après les paroles d'une chanson bretonne vieille largement
de plus d'un siècle. Y avait-il nécessité, coïncidence et
résonance, désir d'impliquer certaines formes d'expression ?
LR : Au
moment de la rédaction de Les jours où Else, j'étais
immergée dans ce travail autour des contes et j'ai donc souhaité y
intégrer cette forme d'expression qui faisait alors partie de mes
recherches. En abordant l'écriture de cet ensemble, j'ai soudain
mieux compris pourquoi tel ou tel conte avait retenu mon attention,
les ponts qu'il pouvait y avoir entre eux et la vie de ce personnage
Else, les échos que j'y rencontrais par rapport à certains éléments
de ce personnage d'Else. Le rapport au symbolique est, en effet,
présent au sein de la littérature orale. C'est un élément qui
m'interpelle, tout comme m'interpelle l'allégorie. La littérature
orale m'intéresse, tant dans la structuration de son propos que dans
les thèmes qui s'y font jour. J'y trouve une dimension magique (et
donc poétique) : ceci dans le sens posé pour ce concept par le
linguiste Jean Gagnepain au sein de sa Théorie de la
Médiation.
5/JCB : Vous
semblez porter une attention particulière à l'autre. Ainsi
l'ensemble Roche Jagu / Roc'h Ugu témoigne-t-il
des existences de tous ceux que vous avez croisés lors d'une
résidence d'écrivain au château éponyme durant l'hiver 2008-2009. Par ailleurs je crois savoir que vous avez fait un travail de
collecte des paroles d'habitants d'un quartier populaire de votre
région. De quoi s'agissait-il plus exactement ? Qu'est-ce qui chez autrui
vous touche et peut nourrir votre écriture ?
LR : L'ensemble Roche Jagu / Roc'h Ugu est lié à un temps de résidence
autour du domaine de la Roche Jagu situé dans les Côtes d'Armor.
J'ai écrit cet ensemble autour de la rencontre de diverses personnes
liées de façon durable ou ponctuelle à ce lieu, parfois des
personnes bretonnantes, d'où les bribes de breton présentes
parfois. Cet ensemble tente de montrer différents points de vue sur
ce lieu, y compris le mien.
Par
ailleurs, ces derniers mois, en 2010 et 2011 je suis allée à
la rencontre de personnes vivant dans un quartier en pleine
restructuration de la ville de St Brieuc (22) : dans le cadre d'un
projet de rénovation urbaine, des immeubles de 14 étages construits
dans les années 1970 vont être "déconstruits" (j'utilise
ici en clin d'œil le terme employé dans ces contextes de
restructuration, évidemment pour les habitants le terme "détruits"
est plus proche de la réalité qui est, de fait, bruyante,
poussiéreuse, violente) pour laisser place à des habitats
collectifs moins denses et à un nouvel agencement des espaces
publics.
Il s'agissait dans ce projet d'épauler toute personne qui le souhaitait dans l'expression de ses ressentis face à ces changements auxquels elle faisait face. Certaines personnes ont écrit, la plupart ont préféré s'exprimer oralement. Tandis que les uns et les autres me confiaient des pans de leur vie, leurs réflexions sur tel ou tel sujet, leurs déboires, leurs rêves, je prenais note des paroles et en glanais d'autres au fil de mes allées et venues dans le quartier. Il faut parfois du temps pour gagner la confiance des personnes et accéder à leur parole. Je comprends très bien cela : le besoin de discrétion et de pudeur, etc.
Il
m'importait, lors de ce projet, de rester au plus près des façons
de dire des habitants, des mots employés, de la syntaxe, pour
ensuite donner écho à toutes ces paroles souvent peu écoutées :
cela a été possible grâce à la réalisation, dans un premier
temps, de 12 grandes affiches exposées dans plusieurs lieux du
quartier et dans un second temps d'un recueil mixant paroles et
textes des habitants et portraits photographiques (réalisés par le
photographe F Goeller).
Le recueil Ouvert l'album est un regard en mots et en images sur un quartier populaire, sur les personnes qui y vivent, y travaillent ou y passent. Il a fait l'objet d'une publication à 300 exemplaires sous couvert de l'association d'éducation populaire Le Cercle, association basée à St Brieuc au sein du quartier de la Croix St Lambert. Ici, j'ai écouté, pris des notes, puis agencé diverses bribes collectées. Il m'importe d'avoir pris part à ce projet-là et d'avoir tenté de faire entendre la parole de ces personnes. J'écoute, oui, et observe avec intérêt, émotion, respect, comment chacun /chacune vit ou encore se débrouille avec la vie. Cela ne nourrit pas que mon écriture, cela nourrit bien plus largement ma vie entière.
Le recueil Ouvert l'album est un regard en mots et en images sur un quartier populaire, sur les personnes qui y vivent, y travaillent ou y passent. Il a fait l'objet d'une publication à 300 exemplaires sous couvert de l'association d'éducation populaire Le Cercle, association basée à St Brieuc au sein du quartier de la Croix St Lambert. Ici, j'ai écouté, pris des notes, puis agencé diverses bribes collectées. Il m'importe d'avoir pris part à ce projet-là et d'avoir tenté de faire entendre la parole de ces personnes. J'écoute, oui, et observe avec intérêt, émotion, respect, comment chacun /chacune vit ou encore se débrouille avec la vie. Cela ne nourrit pas que mon écriture, cela nourrit bien plus largement ma vie entière.
6/ JCB : Vous
n'employez pas la première personne dans vos écrits. Le "je"
est absent, même si l'on peut parfois le soupçonner derrière
certaines "elle". Un choix littéraire ? Une façon de se
dissimuler ?
LR : Jusqu'à présent, j'ai, en effet,
surtout utilisé les pronoms tu et elle autour d'un personnage
féminin nommé Else que l'on retrouve dans les ensembles Sven,
Les jours où Else, Else comme absentée, parus tous trois en
2011. Il en va de même pour ce qui est du recueil Else avec elle
(composé de trois ensembles) qui est à paraître au printemps 2012.
Cependant dans Roche Jagu / Roc'h Ugu, les poèmes qui
viennent en écho aux autres textes plus narratifs écrits à la
seconde personne du pluriel sont, quant à eux, à la première
personne.
Alors mettons que c'est un procédé
de distanciation que j'apprécie et également un choix littéraire !
Et pour parler des chantiers en cours : afin d'expérimenter autre
chose, j'ai sous le coude un nouvel ensemble d'une trentaine de
poèmes où cette fois j'emploie la première personne. Ne pas
s'enfermer, voyez-vous ?
7/ JCB : Est-ce dans ce dessein de "ne pas s'enfermer" justement que
vous êtes également une créatrice plasticienne ?
Par
ailleurs, vous donnez à voir sur la toile un blog -
http://friches-et-appentis.blogspot.com/ - qui marie les mots au
travail photographique. Tout cela va dans la même direction
?
LR : Peut-être qu'un jour les mots écrits et ce qui en découle, n'ont plus été suffisants et que j'ai eu besoin de recourir à d'autres médias, ou de respirer ailleurs, d'où ces créations plastiques où sont présents parfois des bribes de phrases, des poèmes, d'où la création de spectacles mêlant parole (poésie, contes) et musique, d'où plus récemment ce blog qui allie photographies et mots. J'avais aussi un besoin de couleurs, d'utiliser de la couleur pour exprimer d'autres sensations : cela a lien avec mon univers plastique, aussi modeste soit-il, il m'est nécessaire.
LR : Peut-être qu'un jour les mots écrits et ce qui en découle, n'ont plus été suffisants et que j'ai eu besoin de recourir à d'autres médias, ou de respirer ailleurs, d'où ces créations plastiques où sont présents parfois des bribes de phrases, des poèmes, d'où la création de spectacles mêlant parole (poésie, contes) et musique, d'où plus récemment ce blog qui allie photographies et mots. J'avais aussi un besoin de couleurs, d'utiliser de la couleur pour exprimer d'autres sensations : cela a lien avec mon univers plastique, aussi modeste soit-il, il m'est nécessaire.
Je note
que des ponts existent entre ces moyens d'expression dont je me sers
: on retrouve dans une création plastique par exemple un extrait
d'un poème ou d'un conte émanant de l'un des spectacles, on
retrouve aussi tel conte dans un de mes livres, etc... Il s'agit sans
doute du même univers, alors des ponts, des ruisseaux, des méandres,
des sentiers, des routes goudronnées, des voies express...
8/ JCB : A
mon tour de risquer un pont : je trouve votre écriture très
"visuelle", notamment dans Sven et Les
jours où Else, quelque chose qui évoque un cinéma
onirico-poétique. Quelle importance accordez-vous aux images, dans
tous les sens où vous voudrez bien prendre ce terme.
LR : Les
images... Je me suis déjà demandée si leur présence dans mon
écriture vient de l'environnement humain qui m'entourait et qui
était habité par la langue bretonne qui est, dira-t-on, pour
simplifier le propos, une langue imagée. Sans doute que mon rapport
au monde est en effet plus visuel que sonore... Hum... vos
questions me demandent de tenter de décortiquer certains de mes
fonctionnements, hum hum… en ai-je l'envie ? Ou encore la
possibilité par ici ? Je n'en suis pas certaine...
9 / JCB : Quels sont les thèmes ou obsessions qui servent d'étais aux
galeries de votre écriture ?
LR : Je
crains de répondre à cette question d'une manière trop réductrice
en évoquant par exemple les thèmes du temps qui passe ou de la
mort... et puis... et puis... sans vous froisser, Jean-Christophe
Belleveaux, l'impression d'être face à une question trop
« psy »... bof..., alors voilà je tourne mon regard vers
la fenêtre, le ciel et les oiseaux. Cette nuit, j'ai entendu passer
un nocturne, une chouette sans doute, elle et son chant hululé.
10/JCB : Depuis vos débuts en publication, avez-vous le sentiment d'une progression, d'un chemin qui avance, d'une quelconque sorte de changement dans votre écriture ?
LR : Ce sont
tout d'abord des revues qui ont accueilli poèmes ou textes, ce qui
m'a encouragée à
aller ensuite vers des éditeurs. Je n'ai pas, pour l'heure,
l'impression que le fait d'être publiée modifie mon écriture,
plutôt l'impression de poursuivre sur un chemin... bordé de doutes…
mais pas que ça ! Peut-être aussi le sentiment d'une solitude moins
dense depuis que je partage mes textes avec d'avantage de lecteurs.
J'écris parce que je lis et que des auteurs (poètes, romanciers,
nouvellistes) m'ont depuis longtemps donnée ce goût des mots et
m'accompagnent dans cette traversée de la vie. Je vis avec et aussi
dans les mots des autres depuis toujours.
Je pourrais ici évoquer le poème
Saltimbanques d’Apollinaire découvert, par le biais de
l'école, à l'âge de 8 ans. Un objet littéraire que j'ai
appréhendé autant à l'oral (nous devions l'apprendre par cœur
pour le dire devant les autres enfants, vous voyez ?) qu'à
l'écrit (le fait de le recopier sur un cahier de classe, de
l'illustrer, de le faire sien par le biais de la main le recopiant.) C'est sans doute un poème qui a changé ma vie et m'a ouvert les
portes d'un autre monde, d'un autre mode, pour faire court. Je
pourrais aussi évoquer la présence dans mon enfance des chants et
contes de mes proches : nous revoilà dans l'oralité ! Et
puis d'autres formes écrites présentes dès mon enfance et
importantes : lettres manuscrites reçues ou envoyées, journaux
locaux et presse écrite, livres, manuels scolaires (notamment les
livres de grammaire et les exercices de grammaire qui m'ont beaucoup
fait rêver dès mes 8 ans !)
11/ JCB : Pour conclure, un poème ou un extrait de poème (de quelqu'un
d'autre) avec lequel vous vous sentez en résonance. Merci.
LR : Alors ce
sera celui-ci, de Pascal Commère. J'ai découvert des recueils de cet auteur au début des années 1980 dans le rayon poésie d'une bibliothèque universitaire. Son travail d'écriture d'hier comme d'aujourd'hui m'interpelle.
Parallèles
Les chemins, même
goudronnés, parfois ils ont,
entre les graviers au milieu et une espèce
de champignon mou (gluante oreille), de l’herbe
en touffes qui pousse jamais très haut (minette,
chiendent, plantain, trèfle blanc ou rouge, aussi bien
pissenlit, chicorée bleue) qui, d’année
en année, dans la route finit par marquer
le double tracé exactement parallèle
des roues – comme les fils de la ligne électrique
au-dessus du goudron (eux aussi, parallèles)
depuis toujours ensemble : leurs ombres le soir
côte à côte par terre, sans se toucher jamais.
entre les graviers au milieu et une espèce
de champignon mou (gluante oreille), de l’herbe
en touffes qui pousse jamais très haut (minette,
chiendent, plantain, trèfle blanc ou rouge, aussi bien
pissenlit, chicorée bleue) qui, d’année
en année, dans la route finit par marquer
le double tracé exactement parallèle
des roues – comme les fils de la ligne électrique
au-dessus du goudron (eux aussi, parallèles)
depuis toujours ensemble : leurs ombres le soir
côte à côte par terre, sans se toucher jamais.
Pascal
Commère
De
l’humilité du monde chez les bousiers (Éditions
Obsidiane, 1996)
***
Choix de textes de Lou Raoul
sur le pilier il est
perché c’est cet oiseau
pichig-ruhig
rouge-gorge
pichig-ruhig chomit un
tamm
rouge-gorge restez un
peu
ho tiwaskell skañv war
ma c’halon
vos deux ailes légères
sur mon cœur
pichig-ruhig chomit
amañ
rouge-gorge restez ici
ganeoc’h teu un amzer
all
avec vous vient un
autre temps
tous les oiseaux
divers passereaux des
grives aussi
quand le soleil est
tout à l’ouest
c’est tout le Stanco
qui palpite
et sur la terre
retournée du courtil
deux tourterelles
et l’une et l’autre
(extrait
de Roche Jagu / Roc’h Ugu, Éditions Encres Vives,
2010)
***
aussi
bien ton père ne fait pas
aussi
bien ton père, Else, ne fait pas face aussi bien ton père ne
laisse pas de traces ou alors tant de copeaux, de ferraille, de
peupliers, de parpaings aussi bien à d’autres qu’à toi destinés
et dans l’eau limpide du lavoir du bourg lave des cottes de coton
noir une femme que tu croises, Else, et plus loin la prairie du
cresson des dimanches matins le printemps les meilleurs des pains
frais des croissants pleins et pour midi des radis humides dans les
mains grandes, ouvertes, de ton père ses offrandes entre les murs de
plâtre peints en vert
*
chats
sauvages jardins délaissés
à la
maison abandonnée presque tu regardes, Else, écuelles toutes
fraîches déposées bien remplies de croquettes de lait c’est tout
près de la porte d’entrée chats sauvages jardins délaissés
friches vertes et bois tu réordonnes tous les restes les herbes si
hautes les jours entiers de ta jeunesse chez ta mère tu dis les deux
frères ont bien rangé la brouette j’ai vu tout ça
*
que
tu confonds tout
des
macarons, dit ta mère qui natte tes cheveux et les tournicote
au-dessus de chacune de tes oreilles tu es, Else, bien coiffée une
fille Hopi en Arizona et à Chicago bras dessus bras dessous les élus
des communes maritimes noircies dans la rue ensemble quand tu passes,
Else, en mini vélo à lire Jim Harrison tout ton temps au bord du
lac Michigan que tu confonds tout de ce lointain paysage loin
(extrait
de Sven, Éditions Gros Textes, 2011)
***
Regarder
tout un jour
la
pluie fine là, dans l’espace de la rue, dans l’espace existant
entre les deux côtés bordés de maisons et d’immeubles bas de
granit et de brique, la pluie fine et tenace qui garde ou tient au
chaud tous ceux qu’aucune obligation n’amène, en ce jour
d’hiver, à franchir les seuils Ça commence comme ça, pour Else
Vous
hésitez à imaginer qu’elle sort à la nuit venue Mais à la nuit
venue, dans ses vêtements ordinaires, elle sort
C’est
dans un champ d’herbe rase qu’elle est d’abord et qu’elle
reste, jusqu’à ruisseler sous la pluie fraîche Et de ce champ,
elle ignore le nom Dans l’appentis empli de foin, elle n’a pas
froid cette nuit-là Puis, quand dans la lumière elle est au bout de
la tombe, c’est un lundi
Sachez
que pour Else les passages au cimetière ce sont depuis toujours des
promenades, c’est prendre l’air Et ceux qui depuis tout ce temps
n’ont pas compris, Else s’en moque, sachez-le Ceux qui n’ont
pas compris que sur la tombe, Else et les autres s’assoient,
parlent, mangent, se recueillent, rêvent, pleurent, somnolent et
rient, Else s’en moque
C’est
un lundi aux mains vides et Else se tient debout, regardant les pots
de fleurs sur la tombe – cyclamens et azalées, jacinthes et
primevères Les passages matériels des autres
Et les
nom gravés dorés sur la stèle, les cinq noms, elle regarde aussi
Vous vous demandez comment cinq personnes dans une tombe si petite,
un caveau à trois places… vous ignorez que l’on exhume les corps
- au moins un une fois par mois, disent les hommes qui travaillent
dans les cimetières des villages alentour L’exhumation ça fait de
la place
(extrait
de Les Jours où Else, Éditions Isabelle Sauvage,
2011)
***
là
sur le siège pliant en toile, près du poulailler des dessins de
cavaliers aux barbes hirsutes la danse d'un homme jeune aux bras de
son accordéon le matin tôt l'appartement au-dessus de la cour
intérieure des tiges de rhubarbe dans le sucre des mouchoirs au bout
des bras agités la nuit souvent par-dessus la haie la cuvette
d'épluchures pour l'âne les cartes de train de tous les dix
tu
plies déplies ça continue
*
vivement,
tu écartes ça qui dissimule vivement tes mains poussiéreuses des
traces disent rien du temps passé présent venant c'est hier ça
tient pas debout
vivement
vivante tu vas les murs et l'eau de leurs sourires à eux tu gardes
c'est déposé dans un écrin de l'herbe verte et ordonnée
*
et
pour les peaux sèches cartonnées
des
animaux, morts animaux
tu
creuses de petites fosses
aux
chats, aux chiens et aux renards
dans
les sous-bois l'humidité
et
l'eau ruisselle dans les baquets
la
cour cette fois est pissenlit
toutes
les peintures s'écaillent dedans
*
contre
la haie de thuyas hauts le chien bâtard, il pisse un peu
ou
bien il te regarde de coin
comme
tu avances dans la cour
l'ombre
des cyprès déplacée et puis des
toiles
d'araignées, des morceaux de jute, des bouts de cageots, des
ficelles nouées
sur
le rebord de la fenêtre un gobelet de plastique bleu,
la
poudre de lait des petits veaux
(extrait
de Else comme absentée, Éditions Henry, 2011)
***
Prairie
jaune tanaisie
un
jour tu es
et
tu me dis que c'est ton nom
alors
comme j'ouvre toutes les fenêtres à l'air nouveau et au bel air
je
touche tes yeux qui ne s'émiettent et je te donne, Else, ma vie
voici
ma vie pour que t'y crois (…)
*
L'or
Else
la
campagne parfois ne dit pas un mot
et
les voitures, toutes, s'éloignent
les
animaux furtivement dans les taillis, tapis
puis
le sifflement des rapaces nocturnes tout près, Else, de ton sommeil
parfois
la campagne ne dit pas un mot
mais
le matin, Else, tu regardes l'arbre du bout du champ, il vieillit
aussi
mais
tu rassembles des cailloux
des
tas très petits c'est pas grand chose ça ne pèse pas lourd ou même
c'est rien
mais
toi tu vois, Else, leur or
l'or
des cailloux
pour
que ta vie te serve un peu
*
Dans
la cour de ton cœur
te
demandant, Else
ce
que tu passes plus de quarante ans
aussi
bien tu viens là dans la cour sous les ifs dans les ciels lumineux
ce
que voilà ta vie
une
manivelle
et
la rouille et la rouille
et
ton sang pas épandu qui tourne bien
puis
les frênes têtards, leurs racines et l'eau et l'eau
puis
ceci cela
et
encore si tu cours et ton cœur avec toi
(extrait
de Else avec
elle, Éditions Isabelle Sauvage, 2012)
*
L'homme
se déplace dans le champ, sur son dos est attaché un pulvérisateur
en plastique jaune vif. Il sulfate les rangs de pommes de terre. Il
ne faut pas que le mildiou les prenne. Elle voit dans l'appentis le
vieux pulvérisateur en cuivre, plus lourd que celui en plastique.
Dans l'appentis aussi le lavoir en ciment, elle chante en brossant
ses chaussures en toile jusqu'à ce que les mots - tiens tu chantes
toi !? qui enrouent sa voix pour quelque temps. Elle ne s'arrête
jamais devant les images des agences de voyage. Dans le silence d'une
chambre haute, quelqu'un parle de l'Inde où il va souvent. Y'a
aucune voix à écouter, elle lit ça sur un écran. Elle vit en
2010. Elle mesure si elle est seule ou pas. Comme si c'est un métier
d'écrire. Quelqu'une vit dans une maison perchée et en espaliers.
Évidemment les bouts de jardin environnants sont eux aussi en
espaliers, quelques radis ronds et rouges et blancs à cueillir. Elle
n'ose pas encore demander à cette autre femme - disons une voisine -
si c'est possible de faire un tour dans son jardin (est-ce que ça se
fait ? ça se fait pas ?) tous les violiers, les lupins et les arums,
c'est pas pour déranger. Après elle salue de loin. Plus loin, loin,
derrière les chants divers du geai, ronronne une tondeuse. Peut-être
un tracteur tondeuse et au volant un homme ou bien une femme qui
mâchonne un bout d'herbe. Dans le ciel bleu, volent les chatons des
saules qui aiment l'eau. Un bois de saules. Dans ce bois de saules,
petit bois de saules, elle veut y être comme si elle peut. Elle
répond pas aux questions qui la regardent de haut, maintenant elle
dit de ça j'en parle pas. Elle parle pas tellement. Elle pense
qu'elle joue le rôle de la folle, enfin qu'elle essaie. Elle devient
rien. Juste que tournent les robinets d'eau vive qui éclabousse et
mousse avec le passé le présent tout mélangés. Tout mélangés.
(...)
Sur
les sureaux des fleurs blanches épanouies. Quelqu'une arrive au
bourg en mobylette, les cheveux blancs et ébouriffés, la blouse à
carreaux par-dessus la robe à fleurs, son petit chien bâtard dans
la sacoche fixée au porte bagage, tout cela dans l'air tiède. Une
voix couverte et enjouée.
L'histoire
d'Else et de Yuna la femme morte quand elle est vivante est un grain
de sable à l'intérieur duquel Else observe les va et vient des
engins dans la carrière et plus loin, juste après le virage, elle
voit la mer. Ses vagues tranquilles sous le soleil.
Yuna
un samedi se penche vers son père assis au volant de sa voiture et
elle lui dit toute sa colère. Ensuite, c'est du silence pendant
longtemps. Un cheval rue, tire tant sur sa longe qu'elle se déchire.
Les poules pondent. Un enfant pense à sa famille en Ukraine et il
apprend à Else comment dire bonjour dans la langue de ce pays et
c'est Привiт [pryvit]. Else s'attarde devant les pavots rouges
et roses et les larmes sèches s'enroulent.
De
plus loin, vient encore cette autre femme aux cheveux fins, roux et
coiffés en chignon. Elle aborde le bourg à pied, vient faire
quelques courses - pain, café, sucre peut-être. Elle a les
pommettes hautes et toujours colorées de deux ronds rouge orange
aussi Yuna écrit :
Plac'h
an divjod ruz
O
tremen war an hent
Skañvoc'h
evit an avel.
La
femme aux joues rouges
passe
sur la route
plus
légère que le vent.
(…)
Quelqu'une
s'appelle Louba qui au début ne dit pas un mot. A son arrivée au
village.
Les
chevaux sont peut-être sauvages qui courent sous la pluie.
Else
trébuche dans les ornières du temps, les mains pleines de la vanité
de toutes choses. Elle apprend que la poussière de dessous les
tapis, c'est le poison qu'elle lèche la nuit le jour. Chacun
reconstruit ici et là les histoires et chacun croit en sa manière
de. Et comme tout va vite chacun parfois n'écoute plus personne.
Mais qu'est-ce qui va si vite ? Pour dire à Else où est Louba en ce
jour, plus personne non plus. Les voix diphoniques d'un homme et
d'une femme s'entremêlent aussi dans la cour devant la maison
blanche à l'extérieur. Et comme quelques autres, qui ne doutent
pas, s'étonnent et sans réfléchir se moquent, Else crache dans les
herbes du bord de la route pas fréquentée et recrache encore.
(Quand elle in
Else avec elle, Éditions Isabelle Sauvage, 2012)
***
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