espace laboratoire de Lou Raoul, avec fenêtres ouvertes

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lundi 16 juillet 2012

Extrait de Else avec elle


Un homme sort du bois

dans leurs lits ils dorment profondément quand les réveils ou les radios réveils
alors leurs corps laissent là le sommeil, tous les rêves
il est 6, 7, 8
ils se lèvent

ils appuient sur les boutons des cafetières, des théières électriques, déposent sur les tables les pains précoupés en tranches, les beurriers de plastique, les bocaux de confitures et de pâtes à tartiner diverses
et dans les salles de bain, ils se dénudent pour une douche express avec gel odorant, enfilent des peignoirs d'éponge épaisse
et dans les cuisines ouvertes, ils déjeunent en écoutant les flash infos à la radio

puis ils se coiffent, se rasent ou se maquillent, se vêtent, se chaussent
et ils ouvrent les portes de leurs domiciles et se précipitent dans les rues
à pied, à vélo, en voiture, en bus, en tram, en métro, en train
il est 7, 8, 9, ils commencent à vivre
une matinée prenante
jusqu'à ce que souriant, ils s'assoient pour le déjeuner en compagnie de collègues ou de proches
quand un homme sort du bois

un homme sort du bois
il boite, a les épaules voutées et ne regarde pas devant lui mais le sol à ses pieds, trébuchant
un homme sort du bois, regagne la route qui descend vers le bourg

un homme sort du bois chaque jour à midi de l'hiver, regagne la route qui descend vers le bourg
tu le vois
tu le vois il n'est pas vieux

un homme sort du bois
il a les cheveux blonds et longs dans le cou, le sommet du crâne un peu dégarni, le visage émacié
il regagne la route qui descend vers le bourg et se rend chaque jour au cimetière
tu le vois assis près de la tombe

un homme sort du bois
assis près de la tombe chaque après-midi de l'hiver il est
et quand un jour de pluie les flics s'approchent de lui assis près de la tombe et lui demandent de rentrer chez lui
ne pas rester là sous la pluie
ne pas venir là ainsi chaque jour

ne lui disent pas c'est parce que vous nous faites peur à tous

il lève la tête, regarde en plissant ses yeux verts, regarde la stèle de la tombe où des noms gravés
Dermot Kerreg
Met Rospiko, son épouse
il hoche la tête

peu à peu s'affaisse le sol du cimetière
depuis longtemps ni l'homme ni personne ne vient plus près de cette tombe

il est 5,6,7 en soirée
quand ils rentrent chez eux tout va bien

le jour des flics l'homme du bois en s'éloignant de la tombe te dit, Else
brav oa din behan 'vel-se 'tal kichen ma re
j'aimais bien être comme ça près des miens

il est 7,8, 9
dans la douceur claire de leurs logements ils se reposent

il s'éloigne tu voudrais
il est déjà
loin
loin il est loin
un homme dans le bois

 Lou Raoul, Else avec elle,  © Éditions Isabelle Sauvage juin 2012


mercredi 9 mai 2012

(si) aujourd'hui me demande (si)



l'amour de mon oiseau pousse des ailes et quand elles s'abattent sur mon visage c'est un sursaut qu'importe ce que j'ai été aujourd'hui me demande
 
© L Raoul

vendredi 13 avril 2012

la nuit d'oiseau


allons la nuit les nuits je ne dors pas allons mon oiseau 
je te pose dehors sur ma tête allons pour aller je dis 
ça tout comme ça très autre chose 

© LRaoul

samedi 28 janvier 2012

ouvre une fenêtre, dans ton coeur emmuré, sa main


au lever du jour, c'est l'été
celui qui mène les chevaux aux champs
chante de tout son cœur
les cuisses tout contre le dos robuste de l'une des bêtes

© Lou Raoul

jeudi 12 janvier 2012

war da ankane, ne selaoues ket *

*sur ton haquenée, tu n'écoutes pas

et dans la cuisine table ronde toile cirée télé écran plat dans un coin de la pièce,
la femme saute sur son haquenée, elle n'écoute pas ne selaou ket
pour les lapins une poignée de foin, un bout de betterave, un peu d'eau

tu seras pour revenir encore
 
© Lou Raoul

mercredi 21 décembre 2011

au téléphone tu n'peux pas


plusieurs morceaux faïence papier
tu disposes, Else, des emballages des boîtes des pots et puis des tubes des piles de feuilles plusieurs morceaux faïence papier du temps entier quelques plants verts c'est tout en rangs c'est bien rangé tu ne réponds pas au téléphone, tu comptes aussi les pommes de terre les trilles d'oiseaux et toutes les heures de ton silence quand Sven revient tu lèves la tête

Lou Raoul, extrait de Sven, © Éditions Gros textes 2011

lundi 7 novembre 2011

il faut que je pleure un peu, dit-elle, s'éloignant me laissant seule

rendez-vous sur la lande
à l’endroit où l’on s’est épris
les gens sont des légendes
mais leurs âmes prennent le maquis
dans les herbes folles
tu peux courir
c’est pas un jeu

et ces mots-là d’encore Alain Bashung je peux les chanter

 Lou Raoul, extrait de Traverses, © Éditions
  Isabelle Sauvage 2014

lundi 31 octobre 2011

Extrait de Else comme absentée

dans les fourrés, dans les taillis
et aussi au creux des fossés
devant les plis des œillets rouges et y'en a huit
huit œillets rouges
tu te tiens comme tapie là
plus tard, tu tètes ronciers qui dorment
dans le jardin sans épines
tu cuis des orties et du pain
la coriandre pousse

Lou Raoul, Else comme absentée, © Éditions Henry 2011

samedi 24 septembre 2011

Extrait de Les jours où Else

Les jours d'Else / L'hiver où Else

Regarder tout un jour

la pluie fine là, dans l'espace de la rue, dans l'espace existant entre les deux côtés bordés de maisons et d'immeubles bas de granit et de brique, la pluie fine et tenace qui garde ou tient au chaud tous ceux qu'aucune obligation n'amène, en ce jour d'hiver, à franchir les seuils Ça commence comme ça, pour Else
Vous hésitez à imaginer qu'elle sort à la nuit venue Mais à la nuit venue, dans ses vêtements ordinaires, elle sort
C'est dans un champ d'herbe rase qu'elle est d'abord et qu'elle reste, jusqu'à ruisseler sous la pluie fraîche Et de ce champ, elle ignore le nom Dans l'appentis empli de foin, elle n'a pas froid cette nuit-là Puis, quand dans la lumière elle est au bout de la tombe, c'est un lundi
Sachez que pour Else les passages au cimetière ce sont depuis toujours des promenades, c'est prendre l'air Et ceux qui depuis tout ce temps n'ont pas compris, Else s'en moque, sachez-le Ceux qui n'ont pas compris que sur la tombe, Else et les autres s'assoient, parlent, mangent, se recueillent, rêvent, pleurent, somnolent et rient, Else s'en moque
C'est un lundi aux mains vides et Else se tient debout, regardant les pots de fleurs sur la tombe - cyclamens et azalées, jacinthes et primevères Les passages matériels des autres Et les noms gravés dorés sur la stèle, les cinq noms, elle regarde aussi Vous vous demandez comment cinq personnes dans une tombe si petite, un caveau à trois places... vous ignorez que l'on exhume les corps - au moins un une fois par mois, disent les hommes qui travaillent dans les cimetières des villages alentour L'exhumation ça fait de la place



Lou Raoul, extrait de Les jours où Else, © Éditions Isabelle Sauvage 2011

samedi 25 juin 2011

Extrait de Cinq, de 6 à 9 / Friches



Chère Alice, 

Près 

des éclats de pivoines
des cerises vertes
des petits pois
des rames de noisetiers 
viendras-tu bientôt ?

Derrière la poignée de porcelaine toute blanche, les labours vierges se tendent.

A l'attention d'
Alice Roc'hcongar
Kermoster
29460 Dirinon




© Lou Raoul, extrait de Cinq, de 6 à 9 / Friches



lundi 7 février 2011

discret carnet


plus loin est l'abbaye en ruines, en voilà deux beaux renards là sur l'étagère et tout ce décor non vous ne trouverez pas mieux gardez tout 
© Lou Raoul
(et pour voir les renards, cf post du 27 mai 2011)

mardi 7 décembre 2010

Extrait de Prénom et nom


(...)
Le temps qu’elle mit à comprendre qu’il lui fallait devenir étrangère
est pour vous bien court
est pour vous bien long
ou
vous ne pouvez pas dire.

© Lou Raoul, extrait de Prénom et nom


mercredi 1 décembre 2010

Extrait de Sven

la neige Laponie

ici tu n'oublies pas, Else, d'aspirer la lettre h qui se trouve dans cette ville petite qui a nom Carhaix et tout cela c'est bien avant cette affaire de musique oui c'est ton paysage, Else, juste au nord de Car-H-aix, dit ta mère et dans ton paysage Else, il neige presque pas et ça dure peu comme deux jours et presque tout s'arrête alors parce que presque personne n'a les pneus qui
tu regardes, Else, par les fenêtres silencieuses et puis tu marches tu crisses la neige sous tes bottes et cette histoire de silhouettes en ribambelle, dit ta mère un jour de neige ses enfants et elle allant visiter quelqu'un un peu loin du bourg et s'allongeant tous les quatre sur les bas-côtés de la route pour dessiner des personnages grandeur nature un grand trois petits dans la neige et finalement un peu trempés leurs vêtements mais rigolant bien tout au long de la route
et à Car-H-aix beaucoup plus de neige que dans ton paysage proche, dit ta mère et Filo la femme à son comptoir sert du café fumant aux chauffeurs des camions aux pneus à clous tandis que d'autres ont divers mots pour la neige de Laponie et c'est muotta la neige en général et vacca, la nouvelle neige et abbas, la neige non piétinée celle que préfèrent les rennes et ciegar, la neige piétinée et saenas, la neige granuleuse et facile à gratter et skar'ta, la neige gelée en fines couches et cuono, la neige gelée en couches épaisses et caer'ga la neige gelée en plaque et jassa la neige gelée en plaque isolée l'été et sievla la neige mêlée d'eau qui rend la marche pénible au printemps, disent-ils et la peau comme neige qui fond des mains de ta mère

 Lou Raoul, extrait de Sven, © Éditions Gros Textes  février 2011




jeudi 28 octobre 2010

Extrait chantier en cours

la brise légère fait tourner la girouette vois-tu en montant l'escalier alors tu restes longtemps sur le palier, suspendu un sourire sur ta bouche petite et paisible fait pas froid ici  

© Lou Raoul

mercredi 13 octobre 2010

Extrait de Prairie jaune tanaisie


Roscoat

aussi bien que maintenant rapproché
tu ne prends, Else, pas un train TGV ni un train TER, ni un car, ni une automobile
tu regardes tes pieds chaussés

aussi bien que maintenant rapproché
tu regardes la carte, tous les détours que tu fais
tu regardes la carte, loin des routes passantes tu vas
tu évalues les heures du parcours, quelques soixante kilomètres
les heures pour parvenir sur la rive du Roscoat, ce cours d'eau-là

aussi bien que maintenant rapproché
là un paysage ébréché où tu penses attendre
avec du silence

tout ce que tu ne cherches plus
c'est peut-être aussi bien

© Lou Raoul, extrait de Prairie jaune tanaisie in Else avec elle à paraître aux éditions Isabelle Sauvage au printemps 2012



vendredi 8 octobre 2010

Extrait de Else comme absentée



alors les draps étendus à l'air froid, des reflets blancs sur les fils ça sèche. tu bois de l'eau, tu ne dis rien, tu penses au chèque pour le loyer d'où tu vis. tu couds d'anciennes médailles religieuses vierges des perles et l'écharpe de ton frère tu la suspends. les semelles de tes chaussures sur l'asphalte ne font aucun bruit, tu cherches Andreï Tarkovski, ces images-là.
(...)
Lou Raoul, extrait de Else comme absentée,© Éditions Henry, 2011

lundi 4 octobre 2010

Extrait de quand elle

L'homme se déplace dans le champ, sur son dos est attaché un pulvérisateur en plastique jaune vif. Il sulfate les rangs de pommes de terre. Il ne faut pas que le mildiou les prenne. Elle voit dans l'appentis le vieux pulvérisateur en cuivre, plus lourd que celui en plastique. Dans l'appentis aussi le lavoir en ciment, elle chante en brossant ses chaussures en toile jusqu'à ce que les mots - tiens tu chantes toi !? qui enrouent sa voix pour quelques temps. Elle ne s'arrête jamais devant les images des agences de voyage. Dans le silence d'une chambre haute, quelqu'un parle de l'Inde où il va souvent. Y'a aucune voix à écouter, elle lit ça sur un écran. Elle vit en 2010. Elle mesure si elle est seule ou pas. Comme si c'est un métier d'écrire. Quelqu'une vit dans une maison perchée et en espaliers. Évidemment les bouts de jardin environnants sont eux aussi en espaliers, quelques radis ronds et rouges et blancs à cueillir. Elle n'ose pas encore demander à cette autre femme -disons une voisine- si c'est possible de faire un tour dans son jardin -est-ce que ça se fait ? ça se fait pas ?
- tous les violiers, les lupins et les arums, c'est pas pour déranger. Après elle salue de loin. Plus loin, loin, derrière les chants divers du geai, ronronne une tondeuse. Peut-être un tracteur tondeuse et au volant un homme ou bien une femme qui mâchonne un bout d'herbe. Dans le ciel bleu, volent les chatons des saules qui aiment l'eau. Un bois de saules. Dans ce bois de saules, petit bois de saules, elle veut y être comme si elle peut. Elle répond pas aux questions qui la regardent de haut, maintenant elle dit de ça j'en parle pas. Elle parle pas tellement. Elle pense qu'elle joue le rôle de la folle, enfin qu'elle essaie. Elle devient rien. Juste que tournent les robinets d'eau vive qui éclabousse et mousse avec le passé le présent tout mélangés. Tout mélangés.
(...)

© Lou Raoul, extrait de quand elle in Else avec elle, Editions Isabelle Sauvage 2012

samedi 2 octobre 2010

du tout



ces choses,
cherche encore si c'est la fois où 
ou bien la fois où tu ne sais pas
c'est pas grave
du tout,
sont passées


et l'avion

© LR

mardi 17 août 2010

Extrait de Les jours où Else


Dans l’appentis, elle n’a pas froid non plus la seconde nuit Elle s’étonne de retrouver la chaleur du foin sec et vieux, entreposé là, oublié, inutile depuis toutes ces années Dans le foin où naissent et grandissent les petits chiens bâtards qu'Else et les autres tiennent à deux mains et pressent contre leurs visages, aspirant l’odeur sucrée des poils ras

Lou Raoul, extrait de Les jours où Else, © Éditions Isabelle Sauvage, mars 2011