espace laboratoire de Lou Raoul, avec fenêtres ouvertes

espace laboratoire de Lou Raoul, avec fenêtres ouvertes

mardi 3 septembre 2024

digomplimant 12

Les marchandises en magasin peuvent en dire long sur un épicier. Il faut savoir les gérer. Quand je parcourais la Suède avec Anita pendant nos vacances, il m'arrivait de rentrer chez des collègues. Incognito, bien sûr. On achetait du chocolat ou une boisson, et, en choisissant, je jetais un coup d'oeil sur leur assortiment. La plupart du temps, c'était un triste spectacle. Les boîtes de conserve en rangs irréguliers, les légumes flapis, les dates illisibles. Ce n'est pas pour me vanter, mais ils étaient nombreux ceux qui disaient : "On se sent tellement bien chez toi Stellan." C'est parce que, j'ose le dire, je consacrais mes soirées à créer une ambiance de... oui, presque de chez soi. On y était récompensé. "Qu'est-ce qui sent si bon, aujourd'hui, Stellan ?" (J'avais peut-être coupé en deux quelques oranges. On un melon. Des petits trucs à moi.) "On pourrait passer toute la journée ici et se sentir bien." (Un bol rempli de cerises humides pouvait en être la cause.)

Nombreux sont ceux qui ne s'imaginent pas que les couleurs peuvent nous parler. C'est Harald Pilhgren qui m'a appris ça : "Le monde des couleurs est une boîte à bijoux d'images" dit-il un jour, c'était avant qu'il se suicide. Ça ne lui ressemblait pas beaucoup, il l'avait sûrement lu, je l'avais noté dans mon cahier de réflexions, sous le comptoir, les clients disaient parfois des paroles sages. 

Göran Tunström, Le livre d'or des gens de Sunne,  © Editions Actes Sud Léméac 1999

mercredi 7 août 2024

digomplimant 11

L'un des champs, presque entièrement planté de coton poussé dru, par une de ses extrémités approche au plus près le mur de la maison, sur la gauche de celle-ci. Plus bas, dans une clairière où l'on a déboisé, une modeste parcelle de maïs. Le champ qui devant la maisson court sur une distance de deux cents mètres est couvert de maïs jeune, et doucement luit, mais abruptement le maïs cède. C'est au pied de grands arbres aux feuilles éclatantes, comme du vif-argent dans les lésions d'un air torride. Sur la droite de la maison, plus loin, une étendue rugueuse à mi-colline, en partie dénudée et striée par les pluies. Rien n'y a été planté, mais il y pousse une végétation sauvage, des ronces et des mûres, de l'herbe calcinée par les feux et qui reprend corps, de jeunes pins, et de petites îles ou cheminements d'arbustes. Une terre ouverte, dirait-on, pourtant bientôt aboutissant à la lisière nettement tracée de bois épanouis.

James Agee, Louons maintenant les grands hommes,  © Editions  Plon 2017

lundi 3 juin 2024

digomplimant 9



Mes espaces sont fragiles : le temps va les user, va les détruire : rien ne ressemblera plus à ce qui était, mes souvenirs me trahiront, l'oubli s'infiltrera dans ma mémoire, je regraderai sans les reconnaître quelques photos jaunies aux bords tout cassés. (...)

L'espace fond comme le sable coule entre les doigts. Le temps l'emporte et ne m'en laisse que des lambeaux informes :

Ecrire : essayer méticuleusement de retenir quelque chose, de faire survivre quelque chose : arracher quelques bribes précises au vide qui se creuse, laisser, quelque part, un sillon, une trace, une marque ou quelques signes.

Georges Perec, Espèces d'espaces, Oeuvres 1,  © Editions Gallimard 2017

vendredi 3 mai 2024

digomplimant 8

Si nous n'avons plus que peu de temps, si le monde autour de nous vacille et que la mort, sous toutes ses formes, avance, il ne nous reste qu'à faire d'un coin de terre, peu importe lequel, un endroit accueillant, un lieu pour plus de vie.

Teodor Cerić, Jardins en temps de guerre,  © Editions Actes Sud 2014

dimanche 3 mars 2024

digomplimant 5


Les plantes indolentes proliféraient et croissaient en soupirant dans leur feuillage docile. Les bêtes somnolaient ou s’accouplaient avec résolution, indifférentes à la fatalité et au destin des hommes, faisant claquer leur haleine épaisse et noble dans l’air incolore. Dieu n’existait plus ou avait abdiqué, du moins ne contrôlait-il plus l’immense fourmillement des créatures parmi la végétation foisonnante. Plus rien désormais ne pouvait intercéder entre Lui et les êtres vivants.

Christophe Manon, extrait de Pâture de vent,  © Editions Verdier 2018

mardi 20 février 2024

digomplimant 4

Gwerz Marivonig kanet gant Marsel Gwilhous ha Ronan Gueblez / Loaned Fall 2003 *

* Chanson Marivonig chantée par Marcel Le Guilloux et Ronan Gueblez / Loaned Fall 2003


Extrait de Marcel Le Guilloux, chanteur, conteur, paysan du Centre-Bretagne, Marthe Vassalo, Ifig et Nanda Le Troadec, © Editions Dastum et Presses Universitaires de Rennes, 2019. Image du texte intégral des paroles de Marivonig.







jeudi 18 janvier 2024

mercredi 3 janvier 2024

digomplimant 1

Luc Ferrari Presque rien n°1 / Le lever du jour au bord de la mer 

Ecoute au casque conseillée.

Prises de son réalisées à Vela Luka sur l'île de Korčula / Croatie à la fin des années 1960. Luc Ferrari précise ceci dans un entretien diffusé sur France Musique que l'on retrouve ici 


                             ©  LRaoul, siječanj 2022, Vis Otok