espace laboratoire de Lou Raoul, avec fenêtres ouvertes

espace laboratoire de Lou Raoul, avec fenêtres ouvertes

samedi 24 septembre 2011

Extrait de Les jours où Else

Les jours d'Else / L'hiver où Else

Regarder tout un jour

la pluie fine là, dans l'espace de la rue, dans l'espace existant entre les deux côtés bordés de maisons et d'immeubles bas de granit et de brique, la pluie fine et tenace qui garde ou tient au chaud tous ceux qu'aucune obligation n'amène, en ce jour d'hiver, à franchir les seuils Ça commence comme ça, pour Else
Vous hésitez à imaginer qu'elle sort à la nuit venue Mais à la nuit venue, dans ses vêtements ordinaires, elle sort
C'est dans un champ d'herbe rase qu'elle est d'abord et qu'elle reste, jusqu'à ruisseler sous la pluie fraîche Et de ce champ, elle ignore le nom Dans l'appentis empli de foin, elle n'a pas froid cette nuit-là Puis, quand dans la lumière elle est au bout de la tombe, c'est un lundi
Sachez que pour Else les passages au cimetière ce sont depuis toujours des promenades, c'est prendre l'air Et ceux qui depuis tout ce temps n'ont pas compris, Else s'en moque, sachez-le Ceux qui n'ont pas compris que sur la tombe, Else et les autres s'assoient, parlent, mangent, se recueillent, rêvent, pleurent, somnolent et rient, Else s'en moque
C'est un lundi aux mains vides et Else se tient debout, regardant les pots de fleurs sur la tombe - cyclamens et azalées, jacinthes et primevères Les passages matériels des autres Et les noms gravés dorés sur la stèle, les cinq noms, elle regarde aussi Vous vous demandez comment cinq personnes dans une tombe si petite, un caveau à trois places... vous ignorez que l'on exhume les corps - au moins un une fois par mois, disent les hommes qui travaillent dans les cimetières des villages alentour L'exhumation ça fait de la place



Lou Raoul, extrait de Les jours où Else, © Éditions Isabelle Sauvage 2011

mercredi 21 septembre 2011

qui boite

J’ai vu un ange qui boitait. Il m’est apparu simplement : j’étais assis sur un banc et je voulais allumer du tabac. L’ange me vit et vint allumer mon tabac. Je sais maintenant que tous les hommes devraient boiter. Mais qui en ce monde mériterait d’avoir cette magnifique démarche ? Les prétentions, les audaces, les parades sont à présent à mes yeux les vraies infirmités. (…)

© Jean-Marie Kerwich, L'ange qui boite, Éditions Le Temps qu'il Fait

samedi 25 juin 2011

Extrait de Cinq, de 6 à 9 / Friches



Chère Alice, 

Près 

des éclats de pivoines
des cerises vertes
des petits pois
des rames de noisetiers 
viendras-tu bientôt ?

Derrière la poignée de porcelaine toute blanche, les labours vierges se tendent.

A l'attention d'
Alice Roc'hcongar
Kermoster
29460 Dirinon




© Lou Raoul, extrait de Cinq, de 6 à 9 / Friches