Nombreux
sont ceux qui choisissent de se taire quand la vie leur inflige les
plus cuisantes brûlures, d'ailleurs, les mots ne sont souvent que
des pierres inertes, des vêtements élimés et usés. Ils peuvent
également être de mauvaises herbes, de dangereux vecteurs
d'infections, des planches vermoulues qui ne supporteraient pas le
poids d'une fourmi et d'autant moins celui d'un homme. Pourtant, ils
sont l'une des rares choses qui demeurent à portée de main lorsque
tout semble se jouer de nous. Gardez bien cela à l'esprit. N'oubliez
pas non plus ce que nul ne comprend : les mots les plus
insignifiants et les plus improbables peuvent, sans qu'on s'y
attende, se charger d'un lourd fardeau et conduire la vie pour la
sauver par-delà les plus vertigineuses crevasses.
Jón
Kalman Stefánsson, La tristesse des anges, ©
Éditions Gallimard