espace laboratoire de Lou Raoul, avec fenêtres ouvertes

espace laboratoire de Lou Raoul, avec fenêtres ouvertes

dimanche 7 juillet 2019

Svjetlosna godina 7

Discussion

L'autre jour, dans la rue, il s'est effondré, carrément,
tombé sur le côté, en claquant comme un cercueil.
Personne n'a levé les yeux
Pourquoi est-il tombé, pourquoi s'est-il effondré
Les gens se sont attroupés pour décider
Ils discutent discrètement en petits groupes.

Miroslav Kirin, poème traduit par Brankica Radić et paru dans Décharge 182 / Juin 2019

jeudi 27 juin 2019

Svjetlosna godina 6

Parfois, il s'asseyait ; puis il se remettait en route, mais lentement, comme dans un rêve. Il ne cherchait pas de chemin. 

Georg Büchner, Lenz, © Editions Chambon/Le Rouergue, 2006

vendredi 7 juin 2019

Svjetlosna godina 5

Lotophages II

je vais rester ici au tournant de la route de la courbure
de la haie au bout du promontoire à la cime
de la montagne aux bras ouverts de la mer à l'estuaire
du fleuve je vais rester ici
les pommes rouges les poires juteuses la semelle des chaussures
ne s'usent pas
tu marches pieds nus en vêtements légers
fin d'été mais l'hiver ne vient pas
tu peux t'asseoir ici à l'heure où la nuit tombe
on entend les rossignols les lumières s'allument
devant les grandes tables petits dîners du couchant
avec des papillons de nuit dîners d'ivresse
le remède tu l'as mangé
le remède une fleur
le remède est le remède
l'oubli c'est chaque instant nouveau début
et je ne sais pas d'où je viens je ne veux pas revenir
le remède le toujours aujourd'hui toujours

Phoebe Giannisi, extrait de Anthologie poétique / Voix de la Méditerranée 17e édition,  © Editions La passe du vent, 2014

lundi 13 mai 2019

Svjetlosna godina 4

Il avançait, indifférent, sans se soucier du chemin, tantôt en montée, tantôt en descente. Il n'éprouvait aucune fatigue, la seule chose qu'il trouvait désagréable par moments, c'était de ne pouvoir marcher sur la tête.

Georg Büchner, Lenz, © Editions Chambon/Le Rouergue, 2006

lundi 1 avril 2019

Svjetlosna godina 3


ŠUMSKI - Prijatelji se sele na selo


Prijatelji se sele na selo
Tekst pesme

Prijatelji se sele na selo
A neki sreću traže u manjem gradu
Prijatelji sada žive zdravo
Prijatelji jeduzdravu hranu
Prijatelji se povlače u sebe
Prijatelji su daleko od mene
Prijatelji se sele na zapad
Prijatelji se sele zbog straha
Prijateljima ponestaje daha
Jer je voda došla do grla
Prijatelji bježe od mraka
Da li si već kupio kartu
Da li si okopao vrt
Da li si upalio vatru
Da li si prevario smrt
Da li imaš ili nemaš
Da li možeš ili ne
Da li želiš to što imaš
Misliš li da to je sve

Prijatelji se sele na selo
Prijatelji se sele na nebo


Šumski 

mardi 19 février 2019

Svjetlosna godina 2

Linné, avec les lichens, avait eu bien des difficultés, il les a rangés, en 1753, avec les mousses et les fougères dans la 24e et dernière classe des plantes, celle des noces secrètes, les cryptogames. Ce n’est qu’une centaine d’années plus tard, en 1867, que le botaniste suisse S. Schwendener définit la spécificité des lichens en reconnaissant leur nature double, résultant de l’union durable d’une Algue avec un Champignon, union pour laquelle A. de Bary forgea en 1879 le concept de « symbiose ». Les lichens bravent la mort, vivent là où plus rien ne vit, en altitude et vers l’extrême nord, là où nous irons, ce nord extrême où s’arrête la nature, comme l’explique Tacite au chap. XLV de la « Germanie » : Illuc usque et tantum natura : jusque là & seulement jusque là s’étend la nature ; c’est la région, écrit-il, où l’on devrait entendre le fracas que fait le soleil chaque matin en sortant des flots d’une mer dormante et presque immobile.

 Lambert Schlechter,  Partances, © Editions  de  L’Escampette 2003

dimanche 20 janvier 2019

Svjetlosna godina 1

Le 20 janvier, Lenz s'en alla par la montagne. Les sommets et les hautes étendues montagneuses sous la neige, pierraille grise jusqu'en bas dans les vallées, surfaces vertes, rochers et sapins.

Georg Büchner, Lenz, 
© Editions 1001Nuits,1997

mercredi 19 décembre 2018

Riječi 20

ne touche pas
ne t’enflamme pas là-bas
là-bas où les mots n’ont pas encore été
grappes de souffles humains
marchent le matin derrière eux
leur blanches caravanes
blanches pages du cahier
et le mot ne se dit pas
le mot on l’est tout simplement
 Anka Žagar, Murmure de la matière, Domaine croate / poésie, © Editions de L'ollave 2018

mardi 13 novembre 2018

Riječi 18

Lorsqu’il contourna la maison dans le jardin envahi par les herbes, un vol de perdrix grises jaillit et s’éloigna vers les pommiers. Au-dessus des cimes feuillues, elles firent pivoter leurs corps compacts, déployèrent leurs ailes et le vent les emporta hors de vue en un clin d’œil.


Kim Zupan,  Les arpenteurs, © Editions Gallmeister 2015

samedi 13 octobre 2018

Riječi 17

Au stade embryonnaire, la feuille de la capucine a la forme d'une hallebarde ou bien d'un petit sac oblong à deux compartiments étiré en languette. Elle peut également faire songer à la pointe de flèche en silex du paléolithique. Mais la tension des forces à l'entour de la feuille la convertit bientôt en une figure de cinq segments. A partir de sa concavité, les lignes se déploient en arc. 

Ossip Mandelstan, Voyage en Arménie, © Editions L'Age d'Homme, 1973

jeudi 13 septembre 2018

Riječi 16

Si l'on recueillait tous les bruits d'eau qui naissent sur l'île, on obtiendrait une stupéfiante tapisserie sonore. Notes des gouttes égrenées sur les plaques de neige, chuchotis de chaque rivière qui changent selon le fond, coups portés par les vagues de l'océan, clapotis des lacs, froissement des ailes et des pattes d'oies se posant sur l'eau, glissement des canards sur le lac, clappement et gargouillis des marais, silence ou fin sifflement du brouillard, crissements de la neige fondante.

Vassili Golovanov, Eloge des voyages insensés, © Editions Verdier 2008

mardi 28 août 2018

Riječi 15


Avant de partir, conformément à la tradition, nous nous sommes assis pour un temps. Karp Ossipovitch a choisi pour chacun un bâton. "On ne parcourt pas la montagne sans appui." Avec Agafia il nous a accompagnés jusqu'à l'emplacement de l'incendie éteint. Les au revoir terminés, nous avons pris notre chemin. Puis nous nous sommes aperçus que le vieux et Agafia trottinaient derrière. "Nous vous accompagnons encore un bout de chemin." Nous avons gravi ensemble une forte dénivellation avant de prendre congé de nos hôtes. De nouveau ils ont trottiné dans nos pas. Quatre fois la scène s'est répétée. Ce n'est qu'à la crête de la montagne que nos deux accompagnateurs se sont arrêtés. Agafia tiraillait le bout de son foulard, voulant dire quelque chose, mais elle a fait non de la main avec un sourire sans gaieté. 


Vassili Peskov,   Ermites dans la taïga,  ©  Éditions Actes Sud 1992

vendredi 3 août 2018

Riječi 14


Witold Leszczyński - Żywot Mateusza
Extract of this film based on norwegian poet and novelist Tarjei Vesaas' s novel Fuglane (The Birds).
Extrait du film de Witold Leszczński  basé sur le roman de Tarjeï Vesaas intitulé Les oiseaux.

samedi 14 juillet 2018

Riječi 13

Shelters

Each shelter has at least two exits: a huge one, easy
to spot through field glasses, ans a narrow mouth

hidden in a birch copse behind the enemy. Before one
we drink hot coffee from spotlessly white china cups,

through the other we leave to pick neetles and wild carrots
on a moonless night. For every strong shelter there are

several weaker, which doesn't mean more lime and less cement
were used to construct them. In this regard equality prevails.

Michał Sobol, extract from Schrony, ©  Éditions  Wydawnictwo Nisza 2016, poem translated from Polish by Antonia Lloyd-Jones

and about Michał Sobol : M Sobol

vendredi 1 juin 2018

Riječi 11

Au début il y avait une pression dans sa poitrine quand la pierraille sautait comme ça, que la forêt grise se secouait sous lui et que le brouillard tantôt avalait les formes, tantôt dévoilait à moitié les membres puissants ; il y avait une pression en lui, il cherchait quelque chose comme des rêves perdus, mais il ne trouvait rien.  

Georg Büchner, Lenz,  © Éditions 1001 Nuits,1997




lundi 14 mai 2018

Riječi 10

Avec mon petit sac à dos, je me suis retrouvé dans un appartement gigantesque. Couché sur un lit tarabiscoté, je me levais, j'allais vers la droite et je trouvais une grande salle de bains. Puis je me relevais, j'allais vers la gauche et je trouvais encore une salle de bains. L'une avait une douche, l'autre, une baignoire. J'avais un sentiment d'absurdité en pensant à mon petit sac à dos avec deux pauvres chemises, trois paires de chaussettes, une réserve de clopes de Pologne et un Jim Beam acheté à l'aéroport. Et aux vingt mètres qui séparaient mes deux salles de bains et leurs robinets plaqués or.

Andrzej Stasiuk, Mon Allemagne,  © Éditions Christian Bourgois, 2010

jeudi 3 mai 2018

Riječi 09

La veille de l'arrivée de l'hiver (à ne pas confondre avec les premiers froids d'automne lorsque la température descend à moins vingt), cet arbuste* très rusé, dont la taille varie d'un mètre cinquante et deux mètres, se couche sur le sol. Il s'étale par terre, il se serre par terre de toutes ses forces. Il fait tout pour que sa couverture de neige soit la plus épaisse possible. En plus, il sait se glisser dessous au dernier moment, juste avant que le long hiver de huit mois ne descende sur la Kolyma. Il se couvre avec la dernière neige avant les fortes gelées.
(...)
Cette nuit, dans la haute Kolyma où je suis maintenant, tous les pins nains se sont couchés au sol. Ils ne se relèveront qu'à l'arrivée du printemps, annonçant ainsi le début de la nouvelle saison. Ils s'arracheront de sous la neige profonde, alors qu'on croit encore que l'hiver ne cédera pas de sitôt, s'étirant vers la lumière, vers le soleil. Ils sauront que c'en est fini du gel terrible, que le printemps de la Kolyma ne va plus tarder.

* Il est question ici du pain nain.

Jacek Hugo Bader, Journal de la Kolyma, ©  Éditions Noir sur Blanc, 2015

mercredi 18 avril 2018

Riječi 08

Impossible de sortir, il pleut sans discontinuer, à 19h40 précises, on est obligé de rester à l'intérieur. Ce n'est pas facile, mais on n'a pas le choix. J'ai pensé toute la journée à cette chose étrange dans l'écriture mais aussi dans la lecture, et je me suis souvenu à quel point j'étais surpris quand je lisais Gertrude Stein. Jamais aucune écriture ne m'a autant étonné. Je n'arrive plus à me rappeler exactement où j'ai lu pour la première fois quelque chose sur Gertrude Stein, peut-être que quelqu'un m'avait parlé d'elle, mais je me souviens exactement où j'ai acheté son livre et je me souviens exactement ce qui s'est produit quand j'ai terminé de le lire, puis j'ai vu que le même miracle se reproduisait lorsque ma sœur Ivana a entrepris de lire Gertrude Stein. Elle m'a dit qu'elle n'avait jamais lu une chose aussi bizarre. Mais elle ne l'a pas seulement dit, je l'ai vu sur le visage de ma sœur lorsqu'elle prononçait ces mots, j'ai vu quelque chose dont j'ignorais totalement l'existence, comme ma sœur d'ailleurs, et que j'ignore même aujourd’hui, à part cet étonnement qui était le nôtre. Je suis en tous cas parfaitement convaincu qu'il s'agissait de l'écriture miraculeuse de Stein, car j'ai vu l'émerveillement sur le visage d'autrui, en l’occurrence celui de ma sœur.

Srdjan Valjarević, Le journal de l'hiver d'après,  © Éditions Actes Sud, 2017