espace laboratoire de Lou Raoul, avec fenêtres ouvertes

espace laboratoire de Lou Raoul, avec fenêtres ouvertes

jeudi 27 juillet 2017

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tombée de nuit à l'est

le gâteau à la pistache disparaît en une bouchée.
le chanteur aveugle a changé de coiffure,
s'est rasé, a mis une nouvelle chemise.
le son n'est pas quelque chose à quoi on consent.
il entaille tous nos points cardinaux
et fait éclater nos repères.
en haut c'est en bas, en bas c'est l'ouest,
l'est vient plus tard et ainsi
pendant quarante mille kilomètres.
le taximètre ne marche pas au crépuscule
pendant que le pont entre les continents est paralysé.
quel côté est le plus ténébreux ?
toujours celui que tu approches.
peu de mois figurent sur le menu,
et c'est déjà l'heure de fermeture :
les trompettistes sautillent,
les batteurs emportent les journaux et la glace :
il est trop tard pour le shopping et la pause.
tu ramasses tes sachets et tu sors :
il fait chaud, il fait froid
entre tes jambes.

Branko Čegec, extrait de Lune pleine à Istanbul, © Éditions L'ollave 2012

mardi 20 juin 2017

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Most
du milieu d'une année
du milieu d'un chemin entamé en janvier 2017
(voir à partir du post 01 Most) 
tendu au-dessus des eaux
de quels remous
de quels tourbillons


jeudi 1 juin 2017

12 Most


La toile d'araignée a tendu sa perfection
entre la pousse verte et la vieille branche.
Le faible et le fort tiennent ensemble les fils.
Les lumières s'y sont emmêlées et à présent
cette scène ressemble à de la poussière dans un rayon
de soleil un après-midi d'été ordinaire. Sans l'être.

Sibila Petlevski, 
extrait de Tendresse in Les mots de passe de l'oubli, © Éditions L'ollave 2013

samedi 6 mai 2017

10 Most


Goribor ~ Jureći ljubav ~ 2013.

Iako kažem da je kraj
ostani još koji dan
kao i ti
i ja sam dugo bio sam.

Jureći ljubav
s jutrom bi nestajala kao san.
Jureći ljubav
hvatao sam samo kraj.

I kada kažem da idem
kreni sa mnom bilo gde
kao i ti
ja sve ulice znam

Jureći ljubav
s jutrom bi nestajala kao san.
Jureći ljubav
hvatao sam samo kraj.

Gde god da se okrenem 
tu bio sam
i koga god da pitam
već pitao sam.

Kao i ti 
i ja već dugo samo ponavljam.
Kao i ti 
i ja već dugo samo, samo ponavljam.

Jureći ljubav

s jutrom bi nestajala kao san.
Jureći ljubav
hvatao sam samo kraj.

mercredi 19 avril 2017

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On peut la décrire simplement

la maison à vendre à Gunja
en deux mille treize :
spacieuse et bien entretenue,
une cour et un jardin, de l'herbe verte
et des arbres fruitiers de taille basse, une cuisine d'été,
de bons outils et des voisins fiables,
un confortable banc en bois devant,
pour voir les gens qui passent
(et qui partent).


Miroslav Mićanović, 
extrait de Maison à vendre in Virgule d'été, © Éditions L'ollave 2016

vendredi 17 mars 2017

05 Most





 soufflerait la Bora deux jours entiers par ce vent glacé
 dégagerait le ciel vers d'autres jours nombreux de lumière
 ensoleillée que Kim ne compterait pas laisserait filer ce serait
 le1er décembre ce serait décembre maintenant premier soir à
la guirlande branchage artificiels petites ampoules tout près de
 la fenêtre lumineuse guirlande à la toucher de la main en étendant
 le bras en étendant le trois fois rien de linge qui cependant
 remplirait la valise se dessinerait un pays dans sa forme
 son nombre d'habitants la répartition de ceux-ci 

Lou Raoul, extrait de Otok,  © Éditions Isabelle Sauvage 2017

vendredi 3 février 2017

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terracotta

1
les températures sont particulièrement basses
j'ai rentré du balcon les plantes
gelées les voix gelées mes vies précédentes
gelées les parois gelées des pots me faisaient
mal aux paumes et je pensais que ma peau collerait
à jamais à cette stupide terracotta que toute
la vie je marcherais des éclats dans les mains
qui - si je les ouvre vers moi-
ne me renvoient même pas mon reflet.

2
les températures sont particulièrement basses
comme je disais j'ai rentré toutes
ces plantes gelées je les ai posées dans le couloir
le long du mur
puis je me suis éloignée j'ai fait des choses
plusieurs heures plus tard (ô le bonheur du montage !)
dans les toilettes je n'ai pas allumé la lumière
ni fermé la porte assise j'ai respiré
l'odeur du romarin effleuré
au passage.

Vanda Mikšić, extrait de Ce temps, le nôtre, © Éditions Al Manar 2015