Les marchandises en magasin peuvent en dire long sur un épicier. Il faut savoir les gérer. Quand je parcourais la Suède avec Anita pendant nos vacances, il m'arrivait de rentrer chez des collègues. Incognito, bien sûr. On achetait du chocolat ou une boisson, et, en choisissant, je jetais un coup d'oeil sur leur assortiment. La plupart du temps, c'était un triste spectacle. Les boîtes de conserve en rangs irréguliers, les légumes flapis, les dates illisibles. Ce n'est pas pour me vanter, mais ils étaient nombreux ceux qui disaient : "On se sent tellement bien chez toi Stellan." C'est parce que, j'ose le dire, je consacrais mes soirées à créer une ambiance de... oui, presque de chez soi. On y était récompensé. "Qu'est-ce qui sent si bon, aujourd'hui, Stellan ?" (J'avais peut-être coupé en deux quelques oranges. On un melon. Des petits trucs à moi.) "On pourrait passer toute la journée ici et se sentir bien." (Un bol rempli de cerises humides pouvait en être la cause.)
Nombreux sont ceux qui ne s'imaginent pas que les couleurs peuvent nous parler. C'est Harald Pilhgren qui m'a appris ça : "Le monde des couleurs est une boîte à bijoux d'images" dit-il un jour, c'était avant qu'il se suicide. Ça ne lui ressemblait pas beaucoup, il l'avait sûrement lu, je l'avais noté dans mon cahier de réflexions, sous le comptoir, les clients disaient parfois des paroles sages.
Göran Tunström, Le livre d'or des gens de Sunne, © Editions Actes Sud Léméac 1999
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