espace laboratoire de Lou Raoul, avec fenêtres ouvertes

espace laboratoire de Lou Raoul, avec fenêtres ouvertes

mercredi 9 novembre 2011

et tout ça toujours, toi aussi

 






 




















J’ai toujours aimé le brouillard cachant les paysages,
les mannequins, les épouvantails, les miroirs brisés.
J’ai toujours aimé la rouille, l’érosion et la ferraille.


Les conteneurs sont déposés dans la cale des navires comme des corbeilles de fleurs.
La ligne séparant la terre de la mer fulgure comme la foudre.
Dans l’immense balcon du monde règnent les conflits et le commerce.


J’ai toujours aimé les piliers qui supportent les ponts,
les bateaux en partance, les phares et les grues.
J’ai toujours aimé l’Océan et les signaux des sémaphores.

Là où vivent les morts je vivrai un jour,
en cet endroit inexistant que les dieux temporaires
ont réservé aux cendres qui ne sont rien ni personne.


Et j’ai toujours aimé la neige qui tombe sur les platanes
qui bordent la Seine, tandis que les péniches
passent lentement sous les ponts.

Le fourmillement clair des eaux claires
éclate dans le matin sous l’illustre
ciel bleu soutenu par les oiseaux.

Ivo Lêdo, extrait de Requiem traduit et publié par Philippe Chèron  sur le site
Œuvres ouvertes de Laurent Margantin
http://www.oeuvresouvertes.net/spip.php?article295

lundi 7 novembre 2011

il faut que je pleure un peu, dit-elle, s'éloignant me laissant seule

rendez-vous sur la lande
à l’endroit où l’on s’est épris
les gens sont des légendes
mais leurs âmes prennent le maquis
dans les herbes folles
tu peux courir
c’est pas un jeu

et ces mots-là d’encore Alain Bashung je peux les chanter

 Lou Raoul, extrait de Traverses, © Éditions
  Isabelle Sauvage 2014

samedi 5 novembre 2011

dans ton creux


J’ai écouté un frère hésitant aux yeux mouillés d’aveux, caressé un monstre au doux pelage, embrassé les perles et les diamants d’un petit prince chu d’une lointaine planète, comblé du présent. 
© Kaliane Ung

mardi 1 novembre 2011

l'ignoré, à te dire et dire encore


Il n'y a de corps que des corps tendus vers ce qui n'est pas eux-mêmes.

© Jean-Louis Giovanni, 
extrait de la revue Spirale Inkari 7

lundi 31 octobre 2011

Extrait de Else comme absentée

dans les fourrés, dans les taillis
et aussi au creux des fossés
devant les plis des œillets rouges et y'en a huit
huit œillets rouges
tu te tiens comme tapie là
plus tard, tu tètes ronciers qui dorment
dans le jardin sans épines
tu cuis des orties et du pain
la coriandre pousse

Lou Raoul, Else comme absentée, © Éditions Henry 2011

samedi 29 octobre 2011

ton collier qui est au ciel

Pas de bout, pas aux choses, pas à soi, peut-être pour ça qu’on va sur la digue, on regarde la mer, les falaises, les villas, à la fin on revient, on attend de recommencer, au milieu de la vie qui passe. 

Ludovic Degroote, extrait de La Digue, © Éditions Unes 1995

mardi 18 octobre 2011

tout ton temps passé proche

© J K pour la photo

puis ces mots, tels


Puis ces mots, tels qu'ils restent, par cœur,
de la fin d'un type,

parmi les sacs de farine,


les pieds sans terre
Pardonnez les fautes d'orthographe, j'ai bu.
                                                      Je vous aime. 
Et c'est la - qui trotte ou
bien pendue

balance -      phrase ou colonie d'insectes.

Armand Dupuy, extrait de La tête pas vite, © Éditions Potentille 2011

lundi 17 octobre 2011

ma nuit je partage


ma nuit je partage la route de l'ouest avec une dizaine de 38 tonnes et les chauffeurs routiers me protègent comme je vois mal sous la pluie et comme il neige fondu si tôt tangue tangue mon véhicule comme je connais le code cet appel avec les phares les routiers je suis de la famille me protègent merci les plantes vont geler peut-être et le chien hurler à la lune descendante froide comme tous ses mots à lui se sont tus, je n'arrête pas de traverser longuement ces novembres dont celui-ci où j'écoute quand deux ou trois parlent au milieu et une femme vue de dos se tient là vers le village qui n'existe plus, se confondent les propos et la rue où quelqu'un vit - bien sûr que non - où quelqu'un meurt c'est long et l'alcool lentement la porte reste close tous les volets jusqu'en matinée puis quelqu'un bouge aussi bien c'est moi pour ranimer la lumière et l'eau, pour souffler sur la poussière ce que j'ignore toute la somme de tout cela alors la femme de 37 ans se délie et dit ce que l'on tait, l'éphémère, ça flotte c'est quoi je ne sais pas ou plus, demain je regarde et aussi mon frère je m'assois près de lui qui m'annonce 10 jours pour la neige les bûches pour tenir le feu qui sera compagnie du pain des pommes et une soupe chaude avant que je avant que je ne m'envole, même pas un baptême de l'air, avant que je ailleurs ce qui est comme une peur que n'ai-je la force de mes bras raidis alors je laisse ne sais d'où les larmes pas du tout rangées sans doute pour ça

© Lou Raoul, extrait chantier en cours

vendredi 14 octobre 2011

et la langue du dragon




Devant le chrysanthème blanc
Ils hésitent un instant
Les ciseaux

© Buson Yosa (1716 / 25 déc 1783)

samedi 24 septembre 2011

Extrait de Les jours où Else

Les jours d'Else / L'hiver où Else

Regarder tout un jour

la pluie fine là, dans l'espace de la rue, dans l'espace existant entre les deux côtés bordés de maisons et d'immeubles bas de granit et de brique, la pluie fine et tenace qui garde ou tient au chaud tous ceux qu'aucune obligation n'amène, en ce jour d'hiver, à franchir les seuils Ça commence comme ça, pour Else
Vous hésitez à imaginer qu'elle sort à la nuit venue Mais à la nuit venue, dans ses vêtements ordinaires, elle sort
C'est dans un champ d'herbe rase qu'elle est d'abord et qu'elle reste, jusqu'à ruisseler sous la pluie fraîche Et de ce champ, elle ignore le nom Dans l'appentis empli de foin, elle n'a pas froid cette nuit-là Puis, quand dans la lumière elle est au bout de la tombe, c'est un lundi
Sachez que pour Else les passages au cimetière ce sont depuis toujours des promenades, c'est prendre l'air Et ceux qui depuis tout ce temps n'ont pas compris, Else s'en moque, sachez-le Ceux qui n'ont pas compris que sur la tombe, Else et les autres s'assoient, parlent, mangent, se recueillent, rêvent, pleurent, somnolent et rient, Else s'en moque
C'est un lundi aux mains vides et Else se tient debout, regardant les pots de fleurs sur la tombe - cyclamens et azalées, jacinthes et primevères Les passages matériels des autres Et les noms gravés dorés sur la stèle, les cinq noms, elle regarde aussi Vous vous demandez comment cinq personnes dans une tombe si petite, un caveau à trois places... vous ignorez que l'on exhume les corps - au moins un une fois par mois, disent les hommes qui travaillent dans les cimetières des villages alentour L'exhumation ça fait de la place



Lou Raoul, extrait de Les jours où Else, © Éditions Isabelle Sauvage 2011

mercredi 21 septembre 2011

qui boite

J’ai vu un ange qui boitait. Il m’est apparu simplement : j’étais assis sur un banc et je voulais allumer du tabac. L’ange me vit et vint allumer mon tabac. Je sais maintenant que tous les hommes devraient boiter. Mais qui en ce monde mériterait d’avoir cette magnifique démarche ? Les prétentions, les audaces, les parades sont à présent à mes yeux les vraies infirmités. (…)

© Jean-Marie Kerwich, L'ange qui boite, Éditions Le Temps qu'il Fait

samedi 25 juin 2011

Extrait de Cinq, de 6 à 9 / Friches



Chère Alice, 

Près 

des éclats de pivoines
des cerises vertes
des petits pois
des rames de noisetiers 
viendras-tu bientôt ?

Derrière la poignée de porcelaine toute blanche, les labours vierges se tendent.

A l'attention d'
Alice Roc'hcongar
Kermoster
29460 Dirinon




© Lou Raoul, extrait de Cinq, de 6 à 9 / Friches