J’ai toujours aimé le brouillard cachant les paysages,
les mannequins, les épouvantails, les miroirs brisés.
J’ai toujours aimé la rouille, l’érosion et la ferraille.
Les conteneurs sont déposés dans la cale des navires comme des corbeilles de fleurs.
La ligne séparant la terre de la mer fulgure comme la foudre.
Dans l’immense balcon du monde règnent les conflits et le commerce.
J’ai toujours aimé les piliers qui supportent les ponts,
les bateaux en partance, les phares et les grues.
J’ai toujours aimé l’Océan et les signaux des sémaphores.
Là où vivent les morts je vivrai un jour,
en cet endroit inexistant que les dieux temporaires
ont réservé aux cendres qui ne sont rien ni personne.
Et j’ai toujours aimé la neige qui tombe sur les platanes
qui bordent la Seine, tandis que les péniches
passent lentement sous les ponts.
Le fourmillement clair des eaux claires
éclate dans le matin sous l’illustre
ciel bleu soutenu par les oiseaux.
Ivo Lêdo, extrait de Requiem traduit et publié par Philippe Chèron sur le site
Œuvres ouvertes de Laurent Margantin
http://www.oeuvresouvertes.net/spip.php?article295























