Nombreux
sont ceux qui choisissent de se taire quand la vie leur inflige les
plus cuisantes brûlures, d'ailleurs, les mots ne sont souvent que
des pierres inertes, des vêtements élimés et usés. Ils peuvent
également être de mauvaises herbes, de dangereux vecteurs
d'infections, des planches vermoulues qui ne supporteraient pas le
poids d'une fourmi et d'autant moins celui d'un homme. Pourtant, ils
sont l'une des rares choses qui demeurent à portée de main lorsque
tout semble se jouer de nous. Gardez bien cela à l'esprit. N'oubliez
pas non plus ce que nul ne comprend : les mots les plus
insignifiants et les plus improbables peuvent, sans qu'on s'y
attende, se charger d'un lourd fardeau et conduire la vie pour la
sauver par-delà les plus vertigineuses crevasses.
Parfois, ils marchent de front et c'est beaucoup mieux parce que des traces de pas posées les unes à côté des autres sont preuve de connivence et qu'alors la vie n'est pas aussi solitaire.
Quatre hommes attendaient la venue des anges dans un étang. De l'eau jusqu'aux aisselles, de longues trainées boueuses sur le visage et de grands yeux hébétés, ils se croyaient les derniers humains de la terre. Avec eux dans la lumière dorée, un orignal qui avait aussi trouvé refuge dans l'étang et, perché sur l'épaule du plus jeune d'entre eux, celui qui a raconté, un oiseau pépiait à s'égosiller.
Il a pensé et il a dit : " Que faire de toutes ces ombres, de toutes ces traces trouvées en chemin ?
Les taire, bouche cousue,
Les jeter au fond d'un trou, au fond d'un puits ?
Les brûler peut-être ? "
Et, il a encore dit : " Mais qu'elles soient dans la terre, en cendre ou tout au fond du plus profond des océans, elles resteront gravées à jamais dans ma mémoire."
et bien sûr quelques uns s'approcheront pour brouter et riront bien fort et pour tout ton plaisir (qui aussi bien entre les pages ou sur tes images se répand, gouttelettes)
ni ma bouche ni ma nuque ni mes hanches ni mes mains ni les pointes de mes seins
Cheminot pendant quarante ans, il manœuvrait les barrières des passages à niveau et s'occupait des aiguillages; pendant quarante ans, comme pour moi, le boulot avait été son seul plaisir et, une fois retraité, il n'aurait pu vivre sans lui. Il s'acheta un vieux poste d'aiguillage d'une ancienne gare désaffectée, l'installa dans son jardin; ses copains, anciens chauffeurs-mécaniciens, dénichèrent à la ferraille une toute petite loco qui avait servi à trimbaler le minerai des hauts fourneaux, une petite loco Ohrenstein et Kopel avec ses rails et trois wagonnets, ils construisirent un circuit entre les arbres du vieux jardin...
tu disposes, Else, des emballages des boîtes des pots et puis des tubes des piles de feuilles plusieurs morceaux faïence papier du temps entier quelques plants verts c'est tout en rangs c'est bien rangé tu ne réponds pas au téléphone, tu comptes aussi les pommes de terre les trilles d'oiseaux et toutes les heures de ton silence quand Sven revient tu lèves la tête