espace laboratoire de Lou Raoul, avec fenêtres ouvertes
espace laboratoire de Lou Raoul, avec fenêtres ouvertes
jeudi 3 septembre 2015
09 quand rouges deviennent les feuilles deviennent
Elle était debout dans un champ appuyée à un mur, les bras croisés, et elle paraissait grande. Un peu plus tard elle avait remonté la route en marchant lentement.
Gertrude Stein,
extrait de Ida, © Éditions du Seuil 1978
lundi 3 août 2015
08 quand viennent les charrettes à foin passent
Je suis la gardienne de l'orée
le silence est posé sur mes épaules
comme un loup mort
le silence est plaqué sur ma nuque
Je suis la gardienne du silence de l'orée
A mes pieds l'empreinte du monde, le trésor
des creux, le velours des mousses
Orties et fougères géantes s'enroulent autour
de mes chevilles
je déjoue pièges et collets
je suis hors de vue
Perrine Le Querrec,
extrait de Le plancher, © Éditions Les doigts dans la prose 2013
mercredi 1 juillet 2015
07 quand à faire la moisson
une moisson d'embruns moins le sel et la vague je marchais comme on nage aux yeux clos dans les colin-maillards du jour venant
chaque pas dessinait un paysage que le pas suivant oubliait parfois la pluie venait trancher
(
Frédérique de Carvalho,
extrait de Paysage première, © Approches Éditions 2015
mercredi 3 juin 2015
06 quand s'épanouit le tilleul fleurit embaume
Accroupi sur l'aire, dans la poussière et l'herbe rôtie, il construisait de petites tours de pierre, les bourrait d'herbe sèche, y mettait le feu et se repaissait avec avidité du spectacle de la fumée qui s'échappait des interstices.
Jean Carrière,
extrait de L'épervier de Maheux, © Jean-Jacques Pauvert éditeur 1972
lundi 4 mai 2015
05 quand les roseaux
du temps passé là, instants de bonheur à sauter dans les flaques, à pieds joints sur le soleil, sur le gros nuage blanc, débarrasser mes bottes de la boue, mes bottes en plastique lourdes avec la terre dessous et tout autour, les tremper dans l'eau, sentir le froid traverser c'est doux et frais sur les pieds, je reste un peu pour sentir ça, et le vent me frappe la tête, parfois je pleure, de vie, d'envie, de bonheur, je suis là
Christine Girard,
extrait de De la terre en mémoire, © Éditions Faï fioc 2014
extrait de De la terre en mémoire, © Éditions Faï fioc 2014
vendredi 3 avril 2015
04 quand pousse l'herbe pousse
Le vent brûlant chasse la poussière par la fenêtre. J'entends le bruit du rideau. J'entends le bruit du sable qui frappe la vitre. J'entends le bruit de l'armoire ouverte. J'entends le bruit des feuilles mouillées sur les arbres. J'entends le bruit de l'herbe sous les arbres. J'entends le bruit du garde-boue de la bicyclette. J'entends le bruit du fil entre les peupliers. J'entends le bruit de la roue qui pend contre la grange. J'entends le bruit des vêtements humides sur le fil. J'entends le bruit de la porte du hangar qui bat contre le tas de bois. J'entends le bruit d'un train qui passe.
Peter Handke,
extrait de Les frelons, © Éditions Gallimard 1983
vendredi 13 mars 2015
03 quand est changeante la météo changeante
On n'avait pas l'heure courante. Les jours passaient ainsi, sucés par les sureaux. Sans que l'on puisse en vérifier le poids. On ne vieillissait pas sans effort.
Pascal Commère,
extrait de Initiales du temps, © Cahier Froissart numéro 33 / 1978
extrait de Initiales du temps, © Cahier Froissart numéro 33 / 1978
lundi 9 février 2015
02 quand rallongent les jours rallongent
Les mains de Joseph sont posées à plat sur ses cuisses. Elles ont l'air d'avoir une vie propre et sont parcourues de menus tressaillements. Elles sont rondes et courtes, des mains presque jeunes comme d'enfance et cependant sans âge. Les ongles carrés sont coupés au ras de la chair, on voit leur épaisseur, on voit que c'est net, Joseph entretient ses mains, elles lui servent pour son travail, il fait le nécessaire. Les poignets sont solides, larges, on devine leur envers très blanc, charnu, onctueux et légèrement bombé.
Marie-Hélène Lafon,
extrait de Joseph, © Éditions Buchet-Chastel 2014
Marie-Hélène Lafon,
extrait de Joseph, © Éditions Buchet-Chastel 2014
mardi 27 janvier 2015
01 quand à couper du bois
la vase, où les oiseaux laissent le signe triangulaire de leur absence
au loin la confusion de l'air et de la terre qui s'y baigne
non pas terre consolidée de racines crucifères mais vase plate et fuite, à déductions de prêles
Jean-Loup Trassard,
extrait de Echo spirale / Paroles de laine, © Éditions Gallimard 1969
extrait de Echo spirale / Paroles de laine, © Éditions Gallimard 1969
lundi 1 décembre 2014
prosinac i poriluk i vani
* décembre et poireau et dehors
Sada mi više
ne treba ju krila.
Sve ptice u svojim
grudima čujem.
Maintenant je n'ai plus
besoin d'ailes.
Dans ma poitrine chantent
tous les oiseaux.
Sada mi više
ne treba ju krila.
Sve ptice u svojim
grudima čujem.
Maintenant je n'ai plus
besoin d'ailes.
Dans ma poitrine chantent
tous les oiseaux.
Vesna Parun, La pluie maudite, © Éditions Obsidiane 1990
lundi 3 novembre 2014
studeni i sutra i brod
* novembre et demain et bateau
La ville par moments refusait son fleuve. En le comblant elle essayait de s'en défaire. Tout s'écroulait, les ponts, les digues, les tonnes de sable déversées sur les rives. On venait y jeter des formes incertaines, invraisemblables, des résidus, même des maisons qu'on amenait sur des rails. Je vis ainsi partir la nôtre au fil du courant. Elle se disloqua les angles se rejoignirent, les poutres s'enchevêtrèrent et le toit prisonnier éclata. J'ai fait cela en amont de la cité. Arrêtés à l'entrepôt nous n'avions jamais pu joindre le cœur de la ville. J'y viens pourtant voir s'il en reste un flottement, une épave. Une illusion. J'aurais voulu une sorte de bain joyeux pour nous réfléchir. L'eau reste calme et silencieuse.
Danielle Collobert, Dire 1 / Œuvres 1 , © Éditions P.O.L 2004
samedi 4 octobre 2014
listopad i krempita i soba
* octobre et millefeuille et chambre
Kao davljenik za parče drveta
I oko nje izgraditi čitavu privremenu obalu
Kao zgradu u kojoj stanuješ
Novi dom
Jer nema vremena za učenje
Jer nema vremena za učenje
I sve prolazi brzo
I kratko ostaješ tu I to je jedini suvenir koji ćeš doneti
EN VOYAGE #5
Trouver un mot précieux dans une langue inconnue
Et s’y accrocher
Comme un noyé à une planche
Et construire autour de lui toute une berge
Comme ta propre demeure
Un nouveau foyer
Car il n’y a plus de temps pour apprendre
Et tout passe vite
Et ton séjour est bref
Et c’est le seul souvenir que tu vas apporter
© Dragana Nikolić, extrait du site Voix de la Méditerranée / Lodève 2014
samedi 13 septembre 2014
rujan i riba i povrtnjak
* septembre et poisson et potager
J’ai toujours aimé la rouille, l’érosion et la ferraille.
Les conteneurs sont déposés dans la cale des navires comme des corbeilles de fleurs.
La ligne séparant la terre de la mer fulgure comme la foudre.
Dans l’immense balcon du monde règnent les conflits et le commerce.
J’ai toujours aimé les piliers qui supportent les ponts,
les bateaux en partance, les phares et les grues.
J’ai toujours aimé l’Océan et les signaux des sémaphores.
Là où vivent les morts je vivrai un jour,
en cet endroit inexistant que les dieux temporaires
ont réservé aux cendres qui ne sont rien ni personne.
Ivo Lêdo, extrait de Requiem traduit par Philippe Chéron, © Éditions L’Oreille du Loup 2012, édition bilingue
samedi 9 août 2014
kolovoz i paun i obala *
* août et paon et rive
Je me tais.
Mais la voix revient, chargée de
foin :
Où sommes-nous ?
Quelle heure est-il ?
Il n'est que maintenant. Et
c'est
le livre. Et je n'ai rien trouvé
d'autre.
Mais je sème.
Tout ce que je suis. Pour
qu'il y
ait un chemin au croisement de nos
voix.
Je me tais.
J'écoute.
Un oiseau s'est posé sur moi.
Quelqu'un dans la haie a
ouvert un livre
malgré les épines.
Thierry Metz, extrait de Terre, © Éditions Opales / Pleine Page
lundi 28 juillet 2014
srpanj i tratinčica i ulica *
* juillet et pâquerette et rue
La
vie, disait Kierkegaard, ne peut être comprise qu'en regardant en
arrière, même si elle doit être vécue en regardant en avant _ c'est à
dire vers quelque chose qui n'existe pas.
Claudio Magris, extrait de Danube, © Éditions Folio poche 1990
mardi 31 décembre 2013
bjeloglavi supovi, Kim
Je me suis sauvée, je ne sais trop d'où, de qui. J'en suis essoufflée. Une chambre. Elle est d'hôtel. Une cage. J'y vis sauvée. Je n'ai pas peur. Cette chambre, depuis toujours...
Elsa Triolet, Le rossignol se tait à l'aube, © Éditions Gallimard 1970
mercredi 27 novembre 2013
dva, danas, Kim *
lundi 11 novembre 2013
jeudi 7 novembre 2013
crven i studeni , Kim *
* rouge et novembre, Kim
comme en miroir dans les glaçons des ifs
S'ils sont violents, leur violence est légère
mardi 5 novembre 2013
i ona spava, Kim *
* et elle dort, Kim
Espérant du sommeil les rêves qui exhaussent votre présence et ce n'est pas toujours. J'essaie devant vous un paysage. Je le replie en petites unités de pages. Dites-moi une chose sans importance.
Anne Parian, ?, © Éditions contrat maint 2010
vendredi 1 novembre 2013
jedan godina, Kim *
C'était venu lentement et puis ça y était ça commençait et puis
ç'avait été un peu plus vite et puis ça y était vraiment ça arrivait et
puis c'était arrivé et puis ça durait et puis bon on y était et quand on y est on en est là sauf que maintenant on ne s'en soucie pas tellement.
Gertrude Stein, Ida, © Éditions du Seuil 1978
mercredi 30 octobre 2013
jeudi 24 octobre 2013
diw c'har an diwez-amzer, Kim *
* les jambes de l'arrière saison, Kim
Jean-Marc Undriener pour la photo,
avec son aimable autorisation,
son blog : http://www.fibrillations.net
son blog : http://www.fibrillations.net
Personne ne me demande si j'ai l'intention de passer l'hiver au milieu d'eux ; la formule qu'ils utilisent de préférence, c'est : "Alors comme ça, vous allez essayer de faire l'hiver ici ? "
Rick Bass, Winter, © Éditions Hoëbeke 1998
mercredi 23 octobre 2013
mardi 8 octobre 2013
the shed by the edge, Kim *
Qu'est-ce que vous aimez le plus, demandait-il, et elle disait : j'aime être là où je suis. Oh disait-il tout excité, et où êtes-vous. Je ne suis pas ici, disait-elle, je fais bien attention à ça. Non je ne suis pas ici, disait-elle, c'est très agréable, ajoutait-elle en se tournant légèrement, très agréable vraiment de ne pas être ici.
Gertrude Stein, Ida, © Éditions du Seuil 1978
jeudi 19 septembre 2013
her light house, Kim *
* son phare, Kim
© Masao Yamamoto
Comment est le silence lorsqu'il est si grand que l'on ne peut le comprendre ? Lorsqu'il a glissé de sa place et se sent plus lourd que la foudre.
C'est seulement quelqu'un qui navigue hors des forêts. Peut-être n'est-ce pas tellement important. S'arrange tranquillement et avec force.
Tarjeï Vesaas, La barque le soir, © Éditions Corti 2012
dimanche 18 août 2013
while their feet in a cool water, Kim *
* tandis que leurs pieds dans une eau fraîche, Kim
je suis une langue qui se trace contre le temps qui repasse
celle qui dit que les histoires sont des enveloppes pour la
peau que les histoires sont des prétextes dit
qu'une histoire de soi plus vraie qu'une
autre n'existe pas de jour comme de nuit
Corinne Le Lepvrier, Langues / je viens, © Éditions La Porte 2013
jeudi 15 août 2013
her necklace too, Kim *
* son collier aussi, Kim
Jean-Marc Undriener pour la photo,
avec son aimable autorisation,
son blog : http://www.fibrillations.net
*
eh dites
" tu écris toujours ? me demande-t-elle au stand
mitoyen sa vendeuse est partie en vacances
_ oui je réponds finissant d'agencer
en façade une caisse ça commence
à peine_ et qu'est-ce qui t'inspire ?
je ne sais trop que dire enfin montrant l'allée
la place balayée par le vent montant
du sud ce matin les gens :
_ ça "
Thierry Le Pennec, Jour de marché, © Éditions Le Chat qui tousse 2013
son blog : http://www.fibrillations.net
*
eh dites
" tu écris toujours ? me demande-t-elle au stand
mitoyen sa vendeuse est partie en vacances
_ oui je réponds finissant d'agencer
en façade une caisse ça commence
à peine_ et qu'est-ce qui t'inspire ?
je ne sais trop que dire enfin montrant l'allée
la place balayée par le vent montant
du sud ce matin les gens :
_ ça "
Thierry Le Pennec, Jour de marché, © Éditions Le Chat qui tousse 2013
vendredi 2 août 2013
her groove, Kim *
* son sillon, Kim
© Rosedray pour la photo,
avec son aimable autorisation
Le jour où je m'arrêtai devant un champ de maïs et où j'écoutai le bruissement des longues tiges sèches qui bougent dans l'air, je me rappelai quelque chose que j'avais oublié depuis longtemps. Derrière le champ, un terrain en montée, il y avait le ciel vide. "Ça c'est un endroit où il faut revenir", me dis-je et je m'enfuis presque aussitôt sur ma bicyclette comme si je devais porter la nouvelle à quelqu'un qui était loin. C'est moi qui était loin, loin de tous les champs de maïs et de tous les ciels vides.
Cesare Pavese, extrait de Vacances d'août / Oeuvres, Editions Gallimard - Quarto 2008
lundi 15 juillet 2013
samedi 13 juillet 2013
vendredi 12 juillet 2013
somewhere else, Kim's day *
* quelque part d'autre, le jour de Kim
Entre les murs de pierre - et c'est là que l'on préfère être seul, vous est-il dit lorsque l'on est admis là dans son rêve las, lourd comme plomb.
Comprends pas. Des murs de pierre, qu'ai-je à y faire ? Qu'ai-je à faire entre les murs de pierre.
On répond :
Cela aussi était une question.
Par la suite, l'idée vous en vient.
Tajeï Vesaas, La barque le soir, © Éditions Corti 2012
dimanche 30 juin 2013
mardi 25 juin 2013
si ça se peut, Kim K
tout tenait ensemble ici demain comme tout tiendra ensemble
ici hier, comme la buée sur la vitre qui empêche de voir les
scintillements de la neige et sa fonte, qui ne parle pas forcément de
perte ou de disparition, mais dit une eau claire qui lave les pierres et
le ciel où le bleu devient suffisant pour s’y tailler un costume
d’anniversaire
oui
Rémi Chechetto, Puisement, © Éditions Tarabuste
Inscription à :
Articles (Atom)




































