VENDREDI,
on passe difficilement. Tous craignent de manquer de nourriture jusqu'à lundi. Ça bouchonne sur le pont, au rond-point. Ce n'est pas à cause des fêtes qui approchent. A chaque début de week-end, on a l'impression que c'est bientôt Pâques. Les gens arrivent par familles entières. L'un pousse le chariot, les autres le remplissent. Ensuite, ils klaxonnent sur les parkings des magasins, ils klaxonnent sur le pont, sur la Grand-Place. Il pleut. Les gens ont sûrement tous une voiture. Ils viennent de Dieu sait où, dans des véhicules couverts de boue, rouillés, avec de l'argile jaune collée sur les roues. Certains sont suffisamment âgés pour savoir ce qu'est la faim. A présent, ils bourrent leurs caddies de nourriture, puis ils font la queue pour payer. Puis ils fourrent le tout dans des sacs, prennent les tickets de caisse et essaient de les lire à la lumière des néons. Ils mettent leurs sacs dans le coffre et repartent chez eux. Ensuite, les renards prennent les restes dans les poubelles.
Andrzej Stasiuk, Taksim, © Éditions Actes Sud, 2011


