La veille de
l'arrivée de l'hiver (à ne pas confondre avec les premiers froids
d'automne lorsque la température descend à moins vingt), cet
arbuste* très rusé, dont la taille varie d'un mètre cinquante et
deux mètres, se couche sur le sol. Il s'étale par terre, il se
serre par terre de toutes ses forces. Il fait tout pour que sa
couverture de neige soit la plus épaisse possible. En plus, il sait
se glisser dessous au dernier moment, juste avant que le long hiver
de huit mois ne descende sur la Kolyma. Il se couvre avec la dernière
neige avant les fortes gelées.
(...)
Cette nuit,
dans la haute Kolyma où je suis maintenant, tous les pins nains se
sont couchés au sol. Ils ne se relèveront qu'à l'arrivée du
printemps, annonçant ainsi le début de la nouvelle saison. Ils
s'arracheront de sous la neige profonde, alors qu'on croit encore que
l'hiver ne cédera pas de sitôt, s'étirant vers la lumière, vers
le soleil. Ils sauront que c'en est fini du gel terrible, que le
printemps de la Kolyma ne va plus tarder.
* Il est question ici du pain nain.
Jacek Hugo Bader, Journal de
la Kolyma, © Éditions Noir
sur Blanc, 2015


