espace laboratoire de Lou Raoul, avec fenêtres ouvertes

espace laboratoire de Lou Raoul, avec fenêtres ouvertes

vendredi 7 juin 2019

Svjetlosna godina 5

Lotophages II

je vais rester ici au tournant de la route de la courbure
de la haie au bout du promontoire à la cime
de la montagne aux bras ouverts de la mer à l'estuaire
du fleuve je vais rester ici
les pommes rouges les poires juteuses la semelle des chaussures
ne s'usent pas
tu marches pieds nus en vêtements légers
fin d'été mais l'hiver ne vient pas
tu peux t'asseoir ici à l'heure où la nuit tombe
on entend les rossignols les lumières s'allument
devant les grandes tables petits dîners du couchant
avec des papillons de nuit dîners d'ivresse
le remède tu l'as mangé
le remède une fleur
le remède est le remède
l'oubli c'est chaque instant nouveau début
et je ne sais pas d'où je viens je ne veux pas revenir
le remède le toujours aujourd'hui toujours

Phoebe Giannisi, extrait de Anthologie poétique / Voix de la Méditerranée 17e édition,  © Editions La passe du vent, 2014

lundi 13 mai 2019

Svjetlosna godina 4

Il avançait, indifférent, sans se soucier du chemin, tantôt en montée, tantôt en descente. Il n'éprouvait aucune fatigue, la seule chose qu'il trouvait désagréable par moments, c'était de ne pouvoir marcher sur la tête.

Georg Büchner, Lenz, © Editions Chambon/Le Rouergue, 2006

lundi 1 avril 2019

Svjetlosna godina 3


ŠUMSKI - Prijatelji se sele na selo


Prijatelji se sele na selo
Tekst pesme

Prijatelji se sele na selo
A neki sreću traže u manjem gradu
Prijatelji sada žive zdravo
Prijatelji jeduzdravu hranu
Prijatelji se povlače u sebe
Prijatelji su daleko od mene
Prijatelji se sele na zapad
Prijatelji se sele zbog straha
Prijateljima ponestaje daha
Jer je voda došla do grla
Prijatelji bježe od mraka
Da li si već kupio kartu
Da li si okopao vrt
Da li si upalio vatru
Da li si prevario smrt
Da li imaš ili nemaš
Da li možeš ili ne
Da li želiš to što imaš
Misliš li da to je sve

Prijatelji se sele na selo
Prijatelji se sele na nebo


Šumski 

mardi 19 février 2019

Svjetlosna godina 2

Linné, avec les lichens, avait eu bien des difficultés, il les a rangés, en 1753, avec les mousses et les fougères dans la 24e et dernière classe des plantes, celle des noces secrètes, les cryptogames. Ce n’est qu’une centaine d’années plus tard, en 1867, que le botaniste suisse S. Schwendener définit la spécificité des lichens en reconnaissant leur nature double, résultant de l’union durable d’une Algue avec un Champignon, union pour laquelle A. de Bary forgea en 1879 le concept de « symbiose ». Les lichens bravent la mort, vivent là où plus rien ne vit, en altitude et vers l’extrême nord, là où nous irons, ce nord extrême où s’arrête la nature, comme l’explique Tacite au chap. XLV de la « Germanie » : Illuc usque et tantum natura : jusque là & seulement jusque là s’étend la nature ; c’est la région, écrit-il, où l’on devrait entendre le fracas que fait le soleil chaque matin en sortant des flots d’une mer dormante et presque immobile.

 Lambert Schlechter,  Partances, © Editions  de  L’Escampette 2003

dimanche 20 janvier 2019

Svjetlosna godina 1

Le 20 janvier, Lenz s'en alla par la montagne. Les sommets et les hautes étendues montagneuses sous la neige, pierraille grise jusqu'en bas dans les vallées, surfaces vertes, rochers et sapins.

Georg Büchner, Lenz, 
© Editions 1001Nuits,1997

mercredi 19 décembre 2018

Riječi 20

ne touche pas
ne t’enflamme pas là-bas
là-bas où les mots n’ont pas encore été
grappes de souffles humains
marchent le matin derrière eux
leur blanches caravanes
blanches pages du cahier
et le mot ne se dit pas
le mot on l’est tout simplement
 Anka Žagar, Murmure de la matière, Domaine croate / poésie, © Editions de L'ollave 2018

mardi 13 novembre 2018

Riječi 18

Lorsqu’il contourna la maison dans le jardin envahi par les herbes, un vol de perdrix grises jaillit et s’éloigna vers les pommiers. Au-dessus des cimes feuillues, elles firent pivoter leurs corps compacts, déployèrent leurs ailes et le vent les emporta hors de vue en un clin d’œil.


Kim Zupan,  Les arpenteurs, © Editions Gallmeister 2015

samedi 13 octobre 2018

Riječi 17

Au stade embryonnaire, la feuille de la capucine a la forme d'une hallebarde ou bien d'un petit sac oblong à deux compartiments étiré en languette. Elle peut également faire songer à la pointe de flèche en silex du paléolithique. Mais la tension des forces à l'entour de la feuille la convertit bientôt en une figure de cinq segments. A partir de sa concavité, les lignes se déploient en arc. 

Ossip Mandelstan, Voyage en Arménie, © Editions L'Age d'Homme, 1973

jeudi 13 septembre 2018

Riječi 16

Si l'on recueillait tous les bruits d'eau qui naissent sur l'île, on obtiendrait une stupéfiante tapisserie sonore. Notes des gouttes égrenées sur les plaques de neige, chuchotis de chaque rivière qui changent selon le fond, coups portés par les vagues de l'océan, clapotis des lacs, froissement des ailes et des pattes d'oies se posant sur l'eau, glissement des canards sur le lac, clappement et gargouillis des marais, silence ou fin sifflement du brouillard, crissements de la neige fondante.

Vassili Golovanov, Eloge des voyages insensés, © Editions Verdier 2008

mardi 28 août 2018

Riječi 15


Avant de partir, conformément à la tradition, nous nous sommes assis pour un temps. Karp Ossipovitch a choisi pour chacun un bâton. "On ne parcourt pas la montagne sans appui." Avec Agafia il nous a accompagnés jusqu'à l'emplacement de l'incendie éteint. Les au revoir terminés, nous avons pris notre chemin. Puis nous nous sommes aperçus que le vieux et Agafia trottinaient derrière. "Nous vous accompagnons encore un bout de chemin." Nous avons gravi ensemble une forte dénivellation avant de prendre congé de nos hôtes. De nouveau ils ont trottiné dans nos pas. Quatre fois la scène s'est répétée. Ce n'est qu'à la crête de la montagne que nos deux accompagnateurs se sont arrêtés. Agafia tiraillait le bout de son foulard, voulant dire quelque chose, mais elle a fait non de la main avec un sourire sans gaieté. 


Vassili Peskov,   Ermites dans la taïga,  ©  Éditions Actes Sud 1992

vendredi 3 août 2018

Riječi 14


Witold Leszczyński - Żywot Mateusza
Extract of this film based on norwegian poet and novelist Tarjei Vesaas' s novel Fuglane (The Birds).
Extrait du film de Witold Leszczński  basé sur le roman de Tarjeï Vesaas intitulé Les oiseaux.

samedi 14 juillet 2018

Riječi 13

Shelters

Each shelter has at least two exits: a huge one, easy
to spot through field glasses, ans a narrow mouth

hidden in a birch copse behind the enemy. Before one
we drink hot coffee from spotlessly white china cups,

through the other we leave to pick neetles and wild carrots
on a moonless night. For every strong shelter there are

several weaker, which doesn't mean more lime and less cement
were used to construct them. In this regard equality prevails.

Michał Sobol, extract from Schrony, ©  Éditions  Wydawnictwo Nisza 2016, poem translated from Polish by Antonia Lloyd-Jones

and about Michał Sobol : M Sobol

vendredi 1 juin 2018

Riječi 11

Au début il y avait une pression dans sa poitrine quand la pierraille sautait comme ça, que la forêt grise se secouait sous lui et que le brouillard tantôt avalait les formes, tantôt dévoilait à moitié les membres puissants ; il y avait une pression en lui, il cherchait quelque chose comme des rêves perdus, mais il ne trouvait rien.  

Georg Büchner, Lenz,  © Éditions 1001 Nuits,1997




lundi 14 mai 2018

Riječi 10

Avec mon petit sac à dos, je me suis retrouvé dans un appartement gigantesque. Couché sur un lit tarabiscoté, je me levais, j'allais vers la droite et je trouvais une grande salle de bains. Puis je me relevais, j'allais vers la gauche et je trouvais encore une salle de bains. L'une avait une douche, l'autre, une baignoire. J'avais un sentiment d'absurdité en pensant à mon petit sac à dos avec deux pauvres chemises, trois paires de chaussettes, une réserve de clopes de Pologne et un Jim Beam acheté à l'aéroport. Et aux vingt mètres qui séparaient mes deux salles de bains et leurs robinets plaqués or.

Andrzej Stasiuk, Mon Allemagne,  © Éditions Christian Bourgois, 2010

jeudi 3 mai 2018

Riječi 09

La veille de l'arrivée de l'hiver (à ne pas confondre avec les premiers froids d'automne lorsque la température descend à moins vingt), cet arbuste* très rusé, dont la taille varie d'un mètre cinquante et deux mètres, se couche sur le sol. Il s'étale par terre, il se serre par terre de toutes ses forces. Il fait tout pour que sa couverture de neige soit la plus épaisse possible. En plus, il sait se glisser dessous au dernier moment, juste avant que le long hiver de huit mois ne descende sur la Kolyma. Il se couvre avec la dernière neige avant les fortes gelées.
(...)
Cette nuit, dans la haute Kolyma où je suis maintenant, tous les pins nains se sont couchés au sol. Ils ne se relèveront qu'à l'arrivée du printemps, annonçant ainsi le début de la nouvelle saison. Ils s'arracheront de sous la neige profonde, alors qu'on croit encore que l'hiver ne cédera pas de sitôt, s'étirant vers la lumière, vers le soleil. Ils sauront que c'en est fini du gel terrible, que le printemps de la Kolyma ne va plus tarder.

* Il est question ici du pain nain.

Jacek Hugo Bader, Journal de la Kolyma, ©  Éditions Noir sur Blanc, 2015

mercredi 18 avril 2018

Riječi 08

Impossible de sortir, il pleut sans discontinuer, à 19h40 précises, on est obligé de rester à l'intérieur. Ce n'est pas facile, mais on n'a pas le choix. J'ai pensé toute la journée à cette chose étrange dans l'écriture mais aussi dans la lecture, et je me suis souvenu à quel point j'étais surpris quand je lisais Gertrude Stein. Jamais aucune écriture ne m'a autant étonné. Je n'arrive plus à me rappeler exactement où j'ai lu pour la première fois quelque chose sur Gertrude Stein, peut-être que quelqu'un m'avait parlé d'elle, mais je me souviens exactement où j'ai acheté son livre et je me souviens exactement ce qui s'est produit quand j'ai terminé de le lire, puis j'ai vu que le même miracle se reproduisait lorsque ma sœur Ivana a entrepris de lire Gertrude Stein. Elle m'a dit qu'elle n'avait jamais lu une chose aussi bizarre. Mais elle ne l'a pas seulement dit, je l'ai vu sur le visage de ma sœur lorsqu'elle prononçait ces mots, j'ai vu quelque chose dont j'ignorais totalement l'existence, comme ma sœur d'ailleurs, et que j'ignore même aujourd’hui, à part cet étonnement qui était le nôtre. Je suis en tous cas parfaitement convaincu qu'il s'agissait de l'écriture miraculeuse de Stein, car j'ai vu l'émerveillement sur le visage d'autrui, en l’occurrence celui de ma sœur.

Srdjan Valjarević, Le journal de l'hiver d'après,  © Éditions Actes Sud, 2017

dimanche 1 avril 2018

Riječi 07



                                                                                                                                                                                                                                                                             VENDREDI, 
on passe difficilement. Tous craignent de manquer de nourriture jusqu'à lundi. Ça bouchonne sur le pont, au rond-point. Ce n'est pas à cause des fêtes qui approchent. A chaque début de week-end, on a l'impression que c'est bientôt Pâques. Les gens arrivent par familles entières. L'un pousse le chariot, les autres le remplissent. Ensuite, ils klaxonnent sur les parkings des magasins, ils klaxonnent sur le pont, sur la Grand-Place. Il pleut. Les gens ont sûrement tous une voiture. Ils viennent de Dieu sait où, dans des véhicules couverts de boue, rouillés, avec de l'argile jaune collée sur les roues. Certains sont suffisamment âgés pour savoir ce qu'est la faim. A présent, ils bourrent leurs caddies de nourriture, puis ils font la queue pour payer. Puis ils fourrent le tout dans des sacs, prennent les tickets de caisse et essaient de les lire à la lumière des néons. Ils mettent leurs sacs dans le coffre et repartent chez eux. Ensuite, les renards prennent les restes dans les poubelles. 


Andrzej Stasiuk, Taksim,  © Éditions Actes Sud, 2011

vendredi 23 mars 2018

Riječi 06

Nous déposons les bouteilles et les canettes à la consigne, en russe la priomka. Les bouteilles de bière Baltika sont les mieux payées : quatre-vingt kopeks, pour les Botchka, Stariy Midnik, Medvied, Solatov, Otchakovo, Tolstiak et Koziel, seulement quarante kopeks et pour l'Okhota, la Nevskoe et les canettes - vingt kopeks. Ils ne prennent pas les bouteilles de bière étrangères.

Jacek Hugo-Bader, La fièvre blanche, © Éditions Noir sur blanc, 2012

samedi 3 mars 2018

Riječi 05


30 mai – A l'aube, N.O. de force 5. Bientôt après le déjeuner éclata une violente tourmente de neige. Les champs de glace se rapetissaient de plus en plus, nous forçant à nous servir de nos kayaks de façon durable. A peine une flaque était-elle passée qu'une autre était en vue. Parfois elles n'étaient séparés que par 100 à 200 mètres. Ce sont peut-être ces formations, que nous rencontrons maintenant de manière suivie, que Nansen compare à un filet de pêcheur. Il semble en tout cas que nous soyons pris dans un filet. Que Dieu nous accorde la force de sortir sains et saufs de ce danger qui nous assiège !

 Valerian Albanov, Au pays de la mort blanche,  © Éditions Guérin, 2006

samedi 17 février 2018

Riječi 04

Не жалею, не зову, не плачу,
Всё пройдёт, как с белых яблонь дым.
Увяданья золотом охваченный,
Я не буду больше молодым.

Ты теперь не так уж будешь биться,
Сердце, тронутое холодком,
И страна берёзового ситца
Не заманит шляться босиком.

Дух бродяжий, ты всё реже, реже
Расшевеливаешь пламень уст.
О моя утраченная свежесть,
Буйство глаз и половодье чувств.

Я теперь скупее стал в желаньях,
Жизнь моя, иль ты приснилась мне?
Словно я весенней гулкой ранью
Проскакал на розовом коне.

Все мы, все мы в этом мире тленны,
Тихо льётся с клёнов листьев медь…
Будь же ты вовек благословенно,
Что пришло процвесть и умереть.
      1921
                                *
Je ne regrette rien, ni appels, ni larmes,
Tout passera comme la blancheur des pommiers.
Saisi par l'automne d'or déclinant,
Ma jeunesse, comme tu es à jamais loin.

Tu ne battras plus comme autrefois,
Mon cœur pris, frissonnant aux premiers froids,
Et au pays des cierges des blancs bouleaux
Je n'irai plus me promener pieds nus.

Âme errante ! Toujours plus rarement
Tu attises la flamme de mes lèvres.
Ô ma fraîcheur perdue
Ô mes regards, mes élans, mes fièvres.

Chaque jour, plus sobre, moins désirant.
Ô ma vie, ne fut-elle qu'un rêve?
Comme si, au printemps, à l'aube sonore,
Je galopais sur un coursier rose.

Nous sommes en ce monde tous mortels,
Vois couler le cuivre des érables...
Ah ! Que soit à jamais béni
Ce qui est venu fleurir et mourir.

(Première parution en 1921)

Sergueï Essénine, La Confession d'un Voyou, © Éditions L'âge d'homme, 2013


samedi 3 février 2018

Riječi 03

Les blanchisseuses

Sur la rive neuf blanchisseuses
En silence lèvent les bras,
Et je ne comprends vraiment pas
Ce qu'elles font avec leurs bras.

Neuf femmes rincent le linge.
Une épreuve de lumière et de son
Dans mon enfance, et mon être
Surgit ainsi en une haute science.

J'étais donc là, debout, un peu bête,
Doutant de ma soudaine vision,
Je séparais à jamais ce chant
De la marche connue du monde.

1970

Varlam Chalamov, Cahiers de la Kolyma et autres poèmes,  © Éditions Maurice Nadeau, 2016 

dimanche 14 janvier 2018

Riječi 02

Une Skoda grise s'estompait dans l'ombre verte des arbres, mais en réalité, elle disparaissait dans le temps. Elle avançait dans un tunnel creusé dans l'immobilité. 

Andrzej Stasiuk, Fado, 
© Éditions  Bourgois, 2009

lundi 8 janvier 2018

Riječi 01

Je restais simplement assis et je regardais tout. Comme ces vieux paysans de Pologne, de Hongrie ou de Roumanie. Quand ils cessent de travailler, quand ils peuvent enfin se reposer dans la vie, ils s'asseyent sur un banc devant leur maison et ils regardent. Ils regardent le monde comme on regarde un film. Ils restent immobiles, les mains posées sur les genoux et, de temps en temps seulement, ils battent des paupières ou prennent une cigarette. Jusqu'à la tombée de la nuit.

Andrzej Stasiuk, Mon Allemagne,  © Éditions Christian Bourgois, 2010

jeudi 12 octobre 2017

20 Most


Les poissons rouges

Tous les matins je pars pêcher

des rames sur l'épaule et un harpon à la main,

je descends sur la côte rocheuse et regarde

un vieil homme sortir de la mer
avec ses doigts tremblants des algues,
des os de seiche, des pinces de crabes amassés,
les disposer à côté de lui sur une pierre plate
les disposer soigneusement, trembler pour eux
et les cacher devant moi, effrayé

Tous les matins je pars pêcher

de magnifiques poissons rouges.

Antun Šoljan, extrait de L'homme troué,  © Éditions L'ollave 2013



jeudi 27 juillet 2017

15 Most



tombée de nuit à l'est

le gâteau à la pistache disparaît en une bouchée.
le chanteur aveugle a changé de coiffure,
s'est rasé, a mis une nouvelle chemise.
le son n'est pas quelque chose à quoi on consent.
il entaille tous nos points cardinaux
et fait éclater nos repères.
en haut c'est en bas, en bas c'est l'ouest,
l'est vient plus tard et ainsi
pendant quarante mille kilomètres.
le taximètre ne marche pas au crépuscule
pendant que le pont entre les continents est paralysé.
quel côté est le plus ténébreux ?
toujours celui que tu approches.
peu de mois figurent sur le menu,
et c'est déjà l'heure de fermeture :
les trompettistes sautillent,
les batteurs emportent les journaux et la glace :
il est trop tard pour le shopping et la pause.
tu ramasses tes sachets et tu sors :
il fait chaud, il fait froid
entre tes jambes.

Branko Čegec, extrait de Lune pleine à Istanbul, © Éditions L'ollave 2012

mardi 20 juin 2017

13 Most



Most
du milieu d'une année
du milieu d'un chemin entamé en janvier 2017
(voir à partir du post 01 Most) 
tendu au-dessus des eaux
de quels remous
de quels tourbillons


jeudi 1 juin 2017

12 Most


La toile d'araignée a tendu sa perfection
entre la pousse verte et la vieille branche.
Le faible et le fort tiennent ensemble les fils.
Les lumières s'y sont emmêlées et à présent
cette scène ressemble à de la poussière dans un rayon
de soleil un après-midi d'été ordinaire. Sans l'être.

Sibila Petlevski, 
extrait de Tendresse in Les mots de passe de l'oubli, © Éditions L'ollave 2013

samedi 6 mai 2017

10 Most


Goribor ~ Jureći ljubav ~ 2013.

Iako kažem da je kraj
ostani još koji dan
kao i ti
i ja sam dugo bio sam.

Jureći ljubav
s jutrom bi nestajala kao san.
Jureći ljubav
hvatao sam samo kraj.

I kada kažem da idem
kreni sa mnom bilo gde
kao i ti
ja sve ulice znam

Jureći ljubav
s jutrom bi nestajala kao san.
Jureći ljubav
hvatao sam samo kraj.

Gde god da se okrenem 
tu bio sam
i koga god da pitam
već pitao sam.

Kao i ti 
i ja već dugo samo ponavljam.
Kao i ti 
i ja već dugo samo, samo ponavljam.

Jureći ljubav

s jutrom bi nestajala kao san.
Jureći ljubav
hvatao sam samo kraj.

mercredi 19 avril 2017

08 Most



On peut la décrire simplement

la maison à vendre à Gunja
en deux mille treize :
spacieuse et bien entretenue,
une cour et un jardin, de l'herbe verte
et des arbres fruitiers de taille basse, une cuisine d'été,
de bons outils et des voisins fiables,
un confortable banc en bois devant,
pour voir les gens qui passent
(et qui partent).


Miroslav Mićanović, 
extrait de Maison à vendre in Virgule d'été, © Éditions L'ollave 2016

vendredi 17 mars 2017

05 Most





 soufflerait la Bora deux jours entiers par ce vent glacé
 dégagerait le ciel vers d'autres jours nombreux de lumière
 ensoleillée que Kim ne compterait pas laisserait filer ce serait
 le1er décembre ce serait décembre maintenant premier soir à
la guirlande branchage artificiels petites ampoules tout près de
 la fenêtre lumineuse guirlande à la toucher de la main en étendant
 le bras en étendant le trois fois rien de linge qui cependant
 remplirait la valise se dessinerait un pays dans sa forme
 son nombre d'habitants la répartition de ceux-ci 

Lou Raoul, extrait de Otok,  © Éditions Isabelle Sauvage 2017

vendredi 3 février 2017

02 Most




terracotta

1
les températures sont particulièrement basses
j'ai rentré du balcon les plantes
gelées les voix gelées mes vies précédentes
gelées les parois gelées des pots me faisaient
mal aux paumes et je pensais que ma peau collerait
à jamais à cette stupide terracotta que toute
la vie je marcherais des éclats dans les mains
qui - si je les ouvre vers moi-
ne me renvoient même pas mon reflet.

2
les températures sont particulièrement basses
comme je disais j'ai rentré toutes
ces plantes gelées je les ai posées dans le couloir
le long du mur
puis je me suis éloignée j'ai fait des choses
plusieurs heures plus tard (ô le bonheur du montage !)
dans les toilettes je n'ai pas allumé la lumière
ni fermé la porte assise j'ai respiré
l'odeur du romarin effleuré
au passage.

Vanda Mikšić, extrait de Ce temps, le nôtre, © Éditions Al Manar 2015