14 Août
Ils nous ordonnèrent d'emballer nos effets, car la maison allait être brûlée.
Il restait du temps pour écrire une lettre, mais cette lettre je l'avais avec moi.
Nous posâmes nos paquets et nous assîmes contre le mur.
Ils nous regardèrent ajouter un violon aux paquets.
Mes enfants ne pleuraient pas. Gravité et curiosité.
Un soldat apporta un jerrycan d'essence. D'autres
Arrachaient les rideaux.
Czeslaw Milosz, Enfant d'Europe, © Editions l'Age d'Homme 1980
espace laboratoire de Lou Raoul, avec fenêtres ouvertes
espace laboratoire de Lou Raoul, avec fenêtres ouvertes
mercredi 14 août 2019
jeudi 25 juillet 2019
Svjetlosna godina 8
Le seul vacarme ici est dans ma tête.
Le reste est chant : oiseaux insectes eau de la fontaine proche ou de la rivière au loin souffles de l’air craquements de branches petits galops des souris qui tentent une sortie vers le placard aux provisions parfois aboiement d’un chien… même un avion là-haut est-il encore origine de bruit ou bien sanctifié par le silence la rareté devient-il lui aussi chant ? et les cloches des chèvres et des moutons dans la montagne celles des vaches en bas dans la vallée et parfois la voix d’un homme ou deux perdus dans cette mer de verdure...
Daniel Biga, L’amour d’Amirat, © Le Cherche Midi Éditeur 1984
dimanche 7 juillet 2019
Svjetlosna godina 7
Discussion
L'autre jour, dans la rue, il s'est effondré, carrément,
tombé sur le côté, en claquant comme un cercueil.
Personne n'a levé les yeux
Pourquoi est-il tombé, pourquoi s'est-il effondré
Les gens se sont attroupés pour décider
Ils discutent discrètement en petits groupes.
Miroslav Kirin, poème traduit par Brankica Radić et paru dans Décharge 182 / Juin 2019
L'autre jour, dans la rue, il s'est effondré, carrément,
tombé sur le côté, en claquant comme un cercueil.
Personne n'a levé les yeux
Pourquoi est-il tombé, pourquoi s'est-il effondré
Les gens se sont attroupés pour décider
Ils discutent discrètement en petits groupes.
Miroslav Kirin, poème traduit par Brankica Radić et paru dans Décharge 182 / Juin 2019
jeudi 27 juin 2019
Svjetlosna godina 6
Parfois, il s'asseyait ; puis il se remettait en route, mais lentement, comme dans un rêve. Il ne cherchait pas de chemin.
Georg Büchner, Lenz, © Editions Chambon/Le Rouergue, 2006
Georg Büchner, Lenz, © Editions Chambon/Le Rouergue, 2006
vendredi 7 juin 2019
Svjetlosna godina 5
Lotophages II
je vais rester ici au tournant de la route de la courbure
de la haie au bout du promontoire à la cime
de la montagne aux bras ouverts de la mer à l'estuaire
du fleuve je vais rester ici
les pommes rouges les poires juteuses la semelle des chaussures
ne s'usent pas
tu marches pieds nus en vêtements légers
fin d'été mais l'hiver ne vient pas
tu peux t'asseoir ici à l'heure où la nuit tombe
on entend les rossignols les lumières s'allument
devant les grandes tables petits dîners du couchant
avec des papillons de nuit dîners d'ivresse
le remède tu l'as mangé
le remède une fleur
le remède est le remède
l'oubli c'est chaque instant nouveau début
et je ne sais pas d'où je viens je ne veux pas revenir
le remède le toujours aujourd'hui toujours
Phoebe Giannisi, extrait de Anthologie poétique / Voix de la Méditerranée 17e édition, © Editions La passe du vent, 2014
je vais rester ici au tournant de la route de la courbure
de la haie au bout du promontoire à la cime
de la montagne aux bras ouverts de la mer à l'estuaire
du fleuve je vais rester ici
les pommes rouges les poires juteuses la semelle des chaussures
ne s'usent pas
tu marches pieds nus en vêtements légers
fin d'été mais l'hiver ne vient pas
tu peux t'asseoir ici à l'heure où la nuit tombe
on entend les rossignols les lumières s'allument
devant les grandes tables petits dîners du couchant
avec des papillons de nuit dîners d'ivresse
le remède tu l'as mangé
le remède une fleur
le remède est le remède
l'oubli c'est chaque instant nouveau début
et je ne sais pas d'où je viens je ne veux pas revenir
le remède le toujours aujourd'hui toujours
Phoebe Giannisi, extrait de Anthologie poétique / Voix de la Méditerranée 17e édition, © Editions La passe du vent, 2014
lundi 13 mai 2019
Svjetlosna godina 4
Il avançait, indifférent, sans se soucier du chemin, tantôt en montée, tantôt en descente. Il n'éprouvait aucune fatigue, la seule chose qu'il trouvait désagréable par moments, c'était de ne pouvoir marcher sur la tête.
Georg Büchner, Lenz, © Editions Chambon/Le Rouergue, 2006
lundi 1 avril 2019
Svjetlosna godina 3
ŠUMSKI - Prijatelji se sele na selo
Prijatelji se sele na selo
Tekst pesme
Prijatelji se sele na selo
A neki sreću traže u manjem gradu
Prijatelji sada žive zdravo
Prijatelji jeduzdravu hranu
Prijatelji se povlače u sebe
Prijatelji su daleko od mene
Prijatelji se sele na zapad
Prijatelji se sele zbog straha
Prijateljima ponestaje daha
Jer je voda došla do grla
Prijatelji bježe od mraka
Da li si već kupio kartu
Da li si okopao vrt
Da li si upalio vatru
Da li si prevario smrt
Da li imaš ili nemaš
Da li možeš ili ne
Da li želiš to što imaš
Misliš li da to je sve
Prijatelji se sele na selo
Prijatelji se sele na nebo
Šumski
mardi 19 février 2019
Svjetlosna godina 2
Linné, avec les lichens, avait eu bien des difficultés, il les a rangés, en 1753, avec les mousses et les fougères dans la 24e et dernière classe des plantes, celle des noces secrètes, les cryptogames. Ce n’est qu’une centaine d’années plus tard, en 1867, que le botaniste suisse S. Schwendener définit la spécificité des lichens en reconnaissant leur nature double, résultant de l’union durable d’une Algue avec un Champignon, union pour laquelle A. de Bary forgea en 1879 le concept de « symbiose ». Les lichens bravent la mort, vivent là où plus rien ne vit, en altitude et vers l’extrême nord, là où nous irons, ce nord extrême où s’arrête la nature, comme l’explique Tacite au chap. XLV de la « Germanie » : Illuc usque et tantum natura : jusque là & seulement jusque là s’étend la nature ; c’est la région, écrit-il, où l’on devrait entendre le fracas que fait le soleil chaque matin en sortant des flots d’une mer dormante et presque immobile.
Lambert Schlechter, Partances, © Editions de L’Escampette 2003
dimanche 20 janvier 2019
Svjetlosna godina 1
Le 20 janvier, Lenz s'en alla par la montagne. Les sommets et les hautes étendues montagneuses sous la neige, pierraille grise jusqu'en bas dans les vallées, surfaces vertes, rochers et sapins.
Georg Büchner, Lenz, © Editions 1001Nuits,1997
mercredi 19 décembre 2018
Riječi 20
ne touche pas
ne t’enflamme pas là-bas
là-bas où les mots n’ont pas encore été
grappes de souffles humains
marchent le matin derrière eux
leur blanches caravanes
blanches pages du cahier
et le mot ne se dit pas
le mot on l’est tout simplement
ne t’enflamme pas là-bas
là-bas où les mots n’ont pas encore été
grappes de souffles humains
marchent le matin derrière eux
leur blanches caravanes
blanches pages du cahier
et le mot ne se dit pas
le mot on l’est tout simplement
Anka Žagar, Murmure de la matière, Domaine croate / poésie, © Editions de L'ollave 2018
dimanche 18 novembre 2018
mardi 13 novembre 2018
Riječi 18
Lorsqu’il contourna la maison dans
le jardin envahi par les herbes, un vol de perdrix grises jaillit et
s’éloigna vers les pommiers. Au-dessus des cimes feuillues, elles
firent pivoter leurs corps compacts, déployèrent leurs ailes et le
vent les emporta hors de vue en un clin d’œil.
samedi 13 octobre 2018
Riječi 17
Au stade embryonnaire, la feuille de la capucine a la forme d'une hallebarde ou bien d'un petit sac oblong à deux compartiments étiré en languette. Elle peut également faire songer à la pointe de flèche en silex du paléolithique. Mais la tension des forces à l'entour de la feuille la convertit bientôt en une figure de cinq segments. A partir de sa concavité, les lignes se déploient en arc.
Ossip Mandelstan, Voyage en Arménie, © Editions L'Age d'Homme, 1973
jeudi 13 septembre 2018
Riječi 16
Si l'on recueillait tous les bruits d'eau qui naissent sur l'île, on obtiendrait une stupéfiante tapisserie sonore. Notes des gouttes égrenées sur les plaques de neige, chuchotis de chaque rivière qui changent selon le fond, coups portés par les vagues de l'océan, clapotis des lacs, froissement des ailes et des pattes d'oies se posant sur l'eau, glissement des canards sur le lac, clappement et gargouillis des marais, silence ou fin sifflement du brouillard, crissements de la neige fondante.
mardi 28 août 2018
Riječi 15
Avant
de partir, conformément à la tradition, nous nous sommes assis pour
un temps. Karp Ossipovitch a choisi pour chacun un bâton. "On
ne parcourt pas la montagne sans appui." Avec Agafia il nous a
accompagnés jusqu'à l'emplacement de l'incendie éteint. Les au
revoir terminés, nous avons pris notre chemin. Puis nous nous sommes
aperçus que le vieux et Agafia trottinaient derrière. "Nous
vous accompagnons encore un bout de chemin." Nous avons gravi
ensemble une forte dénivellation avant de prendre congé de nos
hôtes. De nouveau ils ont trottiné dans nos pas. Quatre fois la
scène s'est répétée. Ce n'est qu'à la crête de la montagne que
nos deux accompagnateurs se sont arrêtés. Agafia tiraillait le bout
de son foulard, voulant dire quelque chose, mais elle a fait non de
la main avec un sourire sans gaieté.
Vassili Peskov, Ermites dans la taïga, © Éditions Actes Sud 1992
vendredi 3 août 2018
Riječi 14
Extract of this film based on norwegian poet and novelist Tarjei Vesaas' s novel Fuglane (The Birds).
samedi 14 juillet 2018
Riječi 13
Shelters
Each shelter has at least two exits: a huge one, easy
to spot through field glasses, ans a narrow mouth
hidden in a birch copse behind the enemy. Before one
we drink hot coffee from spotlessly white china cups,
through the other we leave to pick neetles and wild carrots
on a moonless night. For every strong shelter there are
several weaker, which doesn't mean more lime and less cement
were used to construct them. In this regard equality prevails.
Michał Sobol, extract from Schrony, © Éditions Wydawnictwo Nisza 2016, poem translated from Polish by Antonia Lloyd-Jones
and about Michał Sobol : M Sobol
Each shelter has at least two exits: a huge one, easy
to spot through field glasses, ans a narrow mouth
hidden in a birch copse behind the enemy. Before one
we drink hot coffee from spotlessly white china cups,
through the other we leave to pick neetles and wild carrots
on a moonless night. For every strong shelter there are
several weaker, which doesn't mean more lime and less cement
were used to construct them. In this regard equality prevails.
Michał Sobol, extract from Schrony, © Éditions Wydawnictwo Nisza 2016, poem translated from Polish by Antonia Lloyd-Jones
and about Michał Sobol : M Sobol
lundi 25 juin 2018
vendredi 1 juin 2018
Riječi 11
Au début il y avait une pression dans sa poitrine quand la pierraille sautait comme ça, que la forêt grise se secouait sous lui et que le brouillard tantôt avalait les formes, tantôt dévoilait à moitié les membres puissants ; il y avait une pression en lui, il cherchait quelque chose comme des rêves perdus, mais il ne trouvait rien.
Georg Büchner, Lenz, © Éditions 1001 Nuits,1997
lundi 14 mai 2018
Riječi 10
Avec
mon petit sac à dos, je me suis retrouvé dans un appartement
gigantesque. Couché sur un lit tarabiscoté, je me levais, j'allais
vers la droite et je trouvais une grande salle de bains. Puis je me
relevais, j'allais vers la gauche et je trouvais encore une salle de
bains. L'une avait une douche, l'autre, une baignoire. J'avais un
sentiment d'absurdité en pensant à mon petit sac à dos avec deux
pauvres chemises, trois paires de chaussettes, une réserve de clopes
de Pologne et un Jim Beam acheté à l'aéroport. Et aux vingt mètres
qui séparaient mes deux salles de bains et leurs robinets plaqués
or.
Andrzej Stasiuk, Mon Allemagne, © Éditions Christian Bourgois, 2010
jeudi 3 mai 2018
Riječi 09
La veille de
l'arrivée de l'hiver (à ne pas confondre avec les premiers froids
d'automne lorsque la température descend à moins vingt), cet
arbuste* très rusé, dont la taille varie d'un mètre cinquante et
deux mètres, se couche sur le sol. Il s'étale par terre, il se
serre par terre de toutes ses forces. Il fait tout pour que sa
couverture de neige soit la plus épaisse possible. En plus, il sait
se glisser dessous au dernier moment, juste avant que le long hiver
de huit mois ne descende sur la Kolyma. Il se couvre avec la dernière
neige avant les fortes gelées.
(...)
Cette nuit,
dans la haute Kolyma où je suis maintenant, tous les pins nains se
sont couchés au sol. Ils ne se relèveront qu'à l'arrivée du
printemps, annonçant ainsi le début de la nouvelle saison. Ils
s'arracheront de sous la neige profonde, alors qu'on croit encore que
l'hiver ne cédera pas de sitôt, s'étirant vers la lumière, vers
le soleil. Ils sauront que c'en est fini du gel terrible, que le
printemps de la Kolyma ne va plus tarder.
* Il est question ici du pain nain.
Jacek Hugo Bader, Journal de
la Kolyma, © Éditions Noir
sur Blanc, 2015
mercredi 18 avril 2018
Riječi 08
Impossible de sortir, il pleut sans discontinuer, à 19h40 précises, on est obligé de rester à l'intérieur. Ce n'est pas facile, mais on n'a pas le choix. J'ai pensé toute la journée à cette chose étrange dans l'écriture mais aussi dans la lecture, et je me suis souvenu à quel point j'étais surpris quand je lisais Gertrude Stein. Jamais aucune écriture ne m'a autant étonné. Je n'arrive plus à me rappeler exactement où j'ai lu pour la première fois quelque chose sur Gertrude Stein, peut-être que quelqu'un m'avait parlé d'elle, mais je me souviens exactement où j'ai acheté son livre et je me souviens exactement ce qui s'est produit quand j'ai terminé de le lire, puis j'ai vu que le même miracle se reproduisait lorsque ma sœur Ivana a entrepris de lire Gertrude Stein. Elle m'a dit qu'elle n'avait jamais lu une chose aussi bizarre. Mais elle ne l'a pas seulement dit, je l'ai vu sur le visage de ma sœur lorsqu'elle prononçait ces mots, j'ai vu quelque chose dont j'ignorais totalement l'existence, comme ma sœur d'ailleurs, et que j'ignore même aujourd’hui, à part cet étonnement qui était le nôtre. Je suis en tous cas parfaitement convaincu qu'il s'agissait de l'écriture miraculeuse de Stein, car j'ai vu l'émerveillement sur le visage d'autrui, en l’occurrence celui de ma sœur.
Srdjan Valjarević, Le journal de l'hiver d'après, © Éditions Actes Sud, 2017
dimanche 1 avril 2018
Riječi 07
VENDREDI,
on passe difficilement. Tous craignent de manquer de nourriture jusqu'à lundi. Ça bouchonne sur le pont, au rond-point. Ce n'est pas à cause des fêtes qui approchent. A chaque début de week-end, on a l'impression que c'est bientôt Pâques. Les gens arrivent par familles entières. L'un pousse le chariot, les autres le remplissent. Ensuite, ils klaxonnent sur les parkings des magasins, ils klaxonnent sur le pont, sur la Grand-Place. Il pleut. Les gens ont sûrement tous une voiture. Ils viennent de Dieu sait où, dans des véhicules couverts de boue, rouillés, avec de l'argile jaune collée sur les roues. Certains sont suffisamment âgés pour savoir ce qu'est la faim. A présent, ils bourrent leurs caddies de nourriture, puis ils font la queue pour payer. Puis ils fourrent le tout dans des sacs, prennent les tickets de caisse et essaient de les lire à la lumière des néons. Ils mettent leurs sacs dans le coffre et repartent chez eux. Ensuite, les renards prennent les restes dans les poubelles.
Andrzej Stasiuk, Taksim, © Éditions Actes Sud, 2011
vendredi 23 mars 2018
Riječi 06
Nous déposons les bouteilles et les canettes à la consigne, en russe la priomka. Les bouteilles de bière Baltika sont les mieux payées : quatre-vingt kopeks, pour les Botchka, Stariy Midnik, Medvied, Solatov, Otchakovo, Tolstiak et Koziel, seulement quarante kopeks et pour l'Okhota, la Nevskoe et les canettes - vingt kopeks. Ils ne prennent pas les bouteilles de bière étrangères.
samedi 3 mars 2018
Riječi 05
30 mai – A l'aube, N.O. de
force 5. Bientôt après le déjeuner éclata une violente tourmente
de neige. Les champs de glace se
rapetissaient de plus en plus, nous forçant à nous servir de nos
kayaks de façon durable. A peine une flaque était-elle passée
qu'une autre était en vue. Parfois elles n'étaient séparés que
par 100 à 200 mètres. Ce sont peut-être ces formations, que nous
rencontrons maintenant de manière suivie, que Nansen compare à un
filet de pêcheur. Il semble en tout cas que nous soyons pris dans un
filet. Que Dieu nous accorde la force de sortir sains et saufs de ce
danger qui nous assiège !
Valerian Albanov, Au pays de la mort blanche, © Éditions Guérin, 2006
samedi 17 février 2018
Riječi 04
Не жалею, не зову, не плачу,
Всё пройдёт, как с белых яблонь дым.
Увяданья золотом охваченный,
Я не буду больше молодым.
Ты теперь не так уж будешь биться,
Сердце, тронутое холодком,
И страна берёзового ситца
Не заманит шляться босиком.
Дух бродяжий, ты всё реже, реже
Расшевеливаешь пламень уст.
О моя утраченная свежесть,
Буйство глаз и половодье чувств.
Я теперь скупее стал в желаньях,
Жизнь моя, иль ты приснилась мне?
Словно я весенней гулкой ранью
Проскакал на розовом коне.
Все мы, все мы в этом мире тленны,
Тихо льётся с клёнов листьев медь…
Будь же ты вовек благословенно,
Что пришло процвесть и умереть.
Всё пройдёт, как с белых яблонь дым.
Увяданья золотом охваченный,
Я не буду больше молодым.
Ты теперь не так уж будешь биться,
Сердце, тронутое холодком,
И страна берёзового ситца
Не заманит шляться босиком.
Дух бродяжий, ты всё реже, реже
Расшевеливаешь пламень уст.
О моя утраченная свежесть,
Буйство глаз и половодье чувств.
Я теперь скупее стал в желаньях,
Жизнь моя, иль ты приснилась мне?
Словно я весенней гулкой ранью
Проскакал на розовом коне.
Все мы, все мы в этом мире тленны,
Тихо льётся с клёнов листьев медь…
Будь же ты вовек благословенно,
Что пришло процвесть и умереть.
1921
*
Je
ne regrette rien, ni appels, ni larmes,
Tout
passera comme la blancheur des pommiers.
Saisi
par l'automne d'or déclinant,
Ma
jeunesse, comme tu es à jamais loin.
Tu
ne battras plus comme autrefois,
Mon
cœur pris, frissonnant aux premiers froids,
Et
au pays des cierges des blancs bouleaux
Je
n'irai plus me promener pieds nus.
Âme
errante ! Toujours plus rarement
Tu
attises la flamme de mes lèvres.
Ô
ma fraîcheur perdue
Ô
mes regards, mes élans, mes fièvres.
Chaque
jour, plus sobre, moins désirant.
Ô
ma vie, ne fut-elle qu'un rêve?
Comme
si, au printemps, à l'aube sonore,
Je
galopais sur un coursier rose.
Nous
sommes en ce monde tous mortels,
Vois
couler le cuivre des érables...
Ah
! Que soit à jamais béni
Ce
qui est venu fleurir et mourir.
(Première
parution en 1921)
Sergueï
Essénine, La Confession d'un Voyou, © Éditions
L'âge d'homme, 2013
samedi 3 février 2018
Riječi 03
Les
blanchisseuses
Sur
la rive neuf blanchisseuses
En
silence lèvent les bras,
Et
je ne comprends vraiment pas
Ce
qu'elles font avec leurs bras.
Neuf
femmes rincent le linge.
Une
épreuve de lumière et de son
Dans
mon enfance, et mon être
Surgit
ainsi en une haute science.
J'étais
donc là, debout, un peu bête,
Doutant
de ma soudaine vision,
Je
séparais à jamais ce chant
De
la marche connue du monde.
1970
Varlam
Chalamov, Cahiers
de la Kolyma et autres poèmes, © Éditions Maurice Nadeau, 2016
dimanche 14 janvier 2018
Riječi 02
Une Skoda grise s'estompait dans l'ombre verte des arbres, mais en réalité, elle disparaissait dans le temps. Elle avançait dans un tunnel creusé dans l'immobilité.
Andrzej Stasiuk, Fado, © Éditions Bourgois, 2009
Andrzej Stasiuk, Fado, © Éditions Bourgois, 2009
lundi 8 janvier 2018
Riječi 01
Je restais simplement assis et je regardais tout. Comme ces vieux paysans de Pologne, de Hongrie ou de Roumanie. Quand ils cessent de travailler, quand ils peuvent enfin se reposer dans la vie, ils s'asseyent sur un banc devant leur maison et ils regardent. Ils regardent le monde comme on regarde un film. Ils restent immobiles, les mains posées sur les genoux et, de temps en temps seulement, ils battent des paupières ou prennent une cigarette. Jusqu'à la tombée de la nuit.
Andrzej Stasiuk, Mon Allemagne, © Éditions Christian Bourgois, 2010
samedi 30 décembre 2017
samedi 9 décembre 2017
vendredi 24 novembre 2017
samedi 11 novembre 2017
vendredi 3 novembre 2017
dimanche 29 octobre 2017
jeudi 12 octobre 2017
20 Most
Les poissons rouges
Tous les matins je pars pêcher
des rames sur l'épaule et un harpon à la main,
je descends sur la côte rocheuse et regarde
un vieil homme sortir de la mer
avec ses doigts tremblants des algues,
des os de seiche, des pinces de crabes amassés,
les disposer à côté de lui sur une pierre plate
les disposer soigneusement, trembler pour eux
et les cacher devant moi, effrayé
Tous les matins je pars pêcher
de magnifiques poissons rouges.
Antun Šoljan, extrait de L'homme troué, © Éditions L'ollave 2013
jeudi 28 septembre 2017
lundi 11 septembre 2017
mercredi 30 août 2017
lundi 7 août 2017
jeudi 27 juillet 2017
15 Most
tombée de nuit à l'est
le gâteau à la pistache disparaît en une bouchée.
le chanteur aveugle a changé de coiffure,
s'est rasé, a mis une nouvelle chemise.
le son n'est pas quelque chose à quoi on consent.
il entaille tous nos points cardinaux
et fait éclater nos repères.
en haut c'est en bas, en bas c'est l'ouest,
l'est vient plus tard et ainsi
pendant quarante mille kilomètres.
le taximètre ne marche pas au crépuscule
pendant que le pont entre les continents est paralysé.
quel côté est le plus ténébreux ?
toujours celui que tu approches.
peu de mois figurent sur le menu,
et c'est déjà l'heure de fermeture :
les trompettistes sautillent,
les batteurs emportent les journaux et la glace :
il est trop tard pour le shopping et la pause.
tu ramasses tes sachets et tu sors :
il fait chaud, il fait froid
entre tes jambes.
Branko Čegec, extrait de Lune pleine à Istanbul, © Éditions L'ollave 2012
mercredi 12 juillet 2017
mardi 20 juin 2017
13 Most
Most
du milieu d'une année
du milieu d'un chemin entamé en janvier 2017
(voir à partir du post 01 Most)
tendu au-dessus des eaux
de quels remous
de quels tourbillons
jeudi 1 juin 2017
12 Most
La toile d'araignée a tendu sa perfection
entre la pousse verte et la vieille branche.
Le faible et le fort tiennent ensemble les fils.
Les lumières s'y sont emmêlées et à présent
cette scène ressemble à de la poussière dans un rayon
de soleil un après-midi d'été ordinaire. Sans l'être.
Sibila Petlevski,
extrait de Tendresse in Les mots de passe de l'oubli, © Éditions L'ollave 2013
samedi 13 mai 2017
samedi 6 mai 2017
10 Most
Goribor ~ Jureći ljubav ~ 2013.
Iako kažem da je kraj
ostani još koji dan
kao i ti
i ja sam dugo bio sam.
Jureći ljubav
s jutrom bi nestajala kao san.
Jureći ljubav
hvatao sam samo kraj.
I kada kažem da idem
kreni sa mnom bilo gde
kao i ti
ja sve ulice znam
Jureći ljubav
s jutrom bi nestajala kao san.
Jureći ljubav
hvatao sam samo kraj.
Gde god da se okrenem
tu bio sam
i koga god da pitam
već pitao sam.
Kao i ti
i ja već dugo samo ponavljam.
Kao i ti
i ja već dugo samo, samo ponavljam.
Jureći ljubav
s jutrom bi nestajala kao san.
Jureći ljubav
hvatao sam samo kraj.
lundi 1 mai 2017
mercredi 19 avril 2017
08 Most
On peut la décrire simplement
la maison à vendre à Gunja
en deux mille treize :
spacieuse et bien entretenue,
une cour et un jardin, de l'herbe verte
et des arbres fruitiers de taille basse, une cuisine d'été,
de bons outils et des voisins fiables,
un confortable banc en bois devant,
pour voir les gens qui passent
(et qui partent).
Miroslav Mićanović, extrait de Maison à vendre in Virgule d'été, © Éditions L'ollave 2016
jeudi 13 avril 2017
samedi 1 avril 2017
vendredi 17 mars 2017
05 Most
soufflerait la Bora deux jours entiers par ce vent glacé
dégagerait le ciel vers d'autres jours nombreux de lumière
ensoleillée que Kim ne compterait pas laisserait filer ce serait
le1er décembre ce serait décembre maintenant premier soir à
la guirlande branchage artificiels petites ampoules tout près de
la fenêtre lumineuse guirlande à la toucher de la main en étendant
le bras en étendant le trois fois rien de linge qui cependant
remplirait la valise se dessinerait un pays dans sa forme
son nombre d'habitants la répartition de ceux-ci
Lou Raoul, extrait de Otok, © Éditions Isabelle Sauvage 2017
mercredi 1 mars 2017
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