Un homme sort du bois
dans leurs lits ils dorment profondément quand les réveils ou les
radios réveils
alors leurs corps laissent là le sommeil, tous les rêves
il est 6, 7, 8
ils se lèvent
ils appuient sur les boutons des cafetières, des théières
électriques, déposent sur les tables les pains précoupés en
tranches, les beurriers de plastique, les bocaux de confitures et de
pâtes à tartiner diverses
et dans les salles de
bain, ils se dénudent pour une douche express avec gel odorant,
enfilent des peignoirs d'éponge épaisse
et dans les cuisines
ouvertes, ils déjeunent en écoutant les flash infos à la radio
puis ils se coiffent, se
rasent ou se maquillent, se vêtent, se chaussent
et ils ouvrent les portes
de leurs domiciles et se précipitent dans les rues
à pied, à vélo, en
voiture, en bus, en tram, en métro, en train
il est 7, 8, 9, ils
commencent à vivre
une matinée prenante
jusqu'à ce que souriant,
ils s'assoient pour le déjeuner en compagnie de collègues ou de
proches
quand un homme sort du
bois
un homme sort du bois
il boite, a les épaules
voutées et ne regarde pas devant lui mais le sol à ses pieds,
trébuchant
un homme sort du bois,
regagne la route qui descend vers le bourg
un homme sort du bois
chaque jour à midi de l'hiver, regagne la route qui descend vers le
bourg
tu le vois
tu le vois il n'est pas
vieux
un homme sort du bois
il a les cheveux blonds
et longs dans le cou, le sommet du crâne un peu dégarni, le visage
émacié
il regagne la route qui
descend vers le bourg et se rend chaque jour au cimetière
tu le vois assis près de
la tombe
un homme sort du bois
assis près de la tombe
chaque après-midi de l'hiver il est
et quand un jour de pluie
les flics s'approchent de lui assis près de la tombe et lui
demandent de rentrer chez lui
ne pas rester là sous la
pluie
ne pas venir là ainsi
chaque jour
ne lui disent pas c'est
parce que vous nous faites peur à tous
il lève la tête,
regarde en plissant ses yeux verts, regarde la stèle de la tombe où
des noms gravés
Dermot Kerreg
Met
Rospiko, son épouse
il hoche la tête
peu à peu s'affaisse le
sol du cimetière
depuis longtemps ni
l'homme ni personne ne vient plus près de cette tombe
il est 5,6,7 en soirée
quand ils rentrent chez
eux tout va bien
le jour des flics l'homme
du bois en s'éloignant de la tombe te dit, Else
brav oa din behan 'vel-se
'tal kichen ma re
j'aimais bien être comme
ça près des miens
il est 7,8, 9
dans la douceur claire de
leurs logements ils se reposent
il s'éloigne tu voudrais
il est déjà
loin
loin il est loin
un homme dans le bois
Lou Raoul, Else avec elle, © Éditions Isabelle Sauvage juin 2012