espace laboratoire de Lou Raoul, avec fenêtres ouvertes

espace laboratoire de Lou Raoul, avec fenêtres ouvertes

vendredi 7 septembre 2012

qui te passe l'été

© Jean-Pierre Desvignes,
avec son aimable autorisation
son blog http://desvigne-journaldebord.blogspot.fr

lundi 3 septembre 2012

dans ta lune

© Dominic Sonic pour la photo,
avec son aimable autorisation.



LA FOLLE DE St LUNAIRE

Il est un lieu étrange où couverte de terre
Se dresse une maison aux formes de termitière
Une pauvre femme s’y cache depuis quarante hivers
Cette femme que l’on surnomme la folle de St Lunaire

Que Dieu leur pardonne
Que Dieu leur pardonne tout

Nos glorieux résistants, à la fin de la guerre
S’empressant de punir traîtrises et adultères
Sans le temps d’un procès, ni même d’une prière
Cette femme fut rasée, chassée à coups de pierre

Que Dieu leur pardonne
Que Dieu leur pardonne tout

Descendants que vous êtes, de Judas décorés
Qui offraient aux teutons votre hospitalité
Sachez que cette femme dont la raison fut violée
N’avait que son honneur pour culpabilité

Que Dieu leur pardonne
Que Dieu leur pardonne tout

© Dominic Sonic
Extrait de l'album intitulé Dominic Sonic / 1991

dimanche 2 septembre 2012

vendredi 10 août 2012

mardi 31 juillet 2012

dans ton bec, doubles graines



Cet oiseau - rappelle-toi -,
            ces ailes,
il volait au-devant de la voiture,
sa route lui était échancrure
qui s'ouvrait à mesure dans la mer rouge
de l'automne. Le moteur peinait,
lui, planant, semblait nous attendre,
le peu de vent qui nous séparait de lui
devenait franchissable.
Nous parcourûmes ensemble quelques lacets
d'un temps commun, poreux comme la vraie vie,
lui devant, signe mystérieux
d'une langue éphémère.

Il se posa sur une branche basse,
son bec était une fenêtre ensanglantée.

Emmanuel Merle, Écarlates, © Éditions Sang d'Encre 2011,
avec l'aimable autorisation de l'auteur.
Son site  http://www.emmanuelmerle.fr/

lundi 30 juillet 2012

à la lune montante, oiseau x 2



Parfois un oiseau poinçonne la crête de granite d'un appel clandestin vers la vie.

Alexis Gloaguen, La chambre de veille, © Éditions Maurice Nadeau 2012,
avec l' aimable autorisation de l'auteur.

lundi 16 juillet 2012

Extrait de Else avec elle


Un homme sort du bois

dans leurs lits ils dorment profondément quand les réveils ou les radios réveils
alors leurs corps laissent là le sommeil, tous les rêves
il est 6, 7, 8
ils se lèvent

ils appuient sur les boutons des cafetières, des théières électriques, déposent sur les tables les pains précoupés en tranches, les beurriers de plastique, les bocaux de confitures et de pâtes à tartiner diverses
et dans les salles de bain, ils se dénudent pour une douche express avec gel odorant, enfilent des peignoirs d'éponge épaisse
et dans les cuisines ouvertes, ils déjeunent en écoutant les flash infos à la radio

puis ils se coiffent, se rasent ou se maquillent, se vêtent, se chaussent
et ils ouvrent les portes de leurs domiciles et se précipitent dans les rues
à pied, à vélo, en voiture, en bus, en tram, en métro, en train
il est 7, 8, 9, ils commencent à vivre
une matinée prenante
jusqu'à ce que souriant, ils s'assoient pour le déjeuner en compagnie de collègues ou de proches
quand un homme sort du bois

un homme sort du bois
il boite, a les épaules voutées et ne regarde pas devant lui mais le sol à ses pieds, trébuchant
un homme sort du bois, regagne la route qui descend vers le bourg

un homme sort du bois chaque jour à midi de l'hiver, regagne la route qui descend vers le bourg
tu le vois
tu le vois il n'est pas vieux

un homme sort du bois
il a les cheveux blonds et longs dans le cou, le sommet du crâne un peu dégarni, le visage émacié
il regagne la route qui descend vers le bourg et se rend chaque jour au cimetière
tu le vois assis près de la tombe

un homme sort du bois
assis près de la tombe chaque après-midi de l'hiver il est
et quand un jour de pluie les flics s'approchent de lui assis près de la tombe et lui demandent de rentrer chez lui
ne pas rester là sous la pluie
ne pas venir là ainsi chaque jour

ne lui disent pas c'est parce que vous nous faites peur à tous

il lève la tête, regarde en plissant ses yeux verts, regarde la stèle de la tombe où des noms gravés
Dermot Kerreg
Met Rospiko, son épouse
il hoche la tête

peu à peu s'affaisse le sol du cimetière
depuis longtemps ni l'homme ni personne ne vient plus près de cette tombe

il est 5,6,7 en soirée
quand ils rentrent chez eux tout va bien

le jour des flics l'homme du bois en s'éloignant de la tombe te dit, Else
brav oa din behan 'vel-se 'tal kichen ma re
j'aimais bien être comme ça près des miens

il est 7,8, 9
dans la douceur claire de leurs logements ils se reposent

il s'éloigne tu voudrais
il est déjà
loin
loin il est loin
un homme dans le bois

 Lou Raoul, Else avec elle,  © Éditions Isabelle Sauvage juin 2012