espace laboratoire de Lou Raoul, avec fenêtres ouvertes

espace laboratoire de Lou Raoul, avec fenêtres ouvertes

mardi 18 octobre 2011

tout ton temps passé proche

© J K pour la photo

puis ces mots, tels


Puis ces mots, tels qu'ils restent, par cœur,
de la fin d'un type,

parmi les sacs de farine,


les pieds sans terre
Pardonnez les fautes d'orthographe, j'ai bu.
                                                      Je vous aime. 
Et c'est la - qui trotte ou
bien pendue

balance -      phrase ou colonie d'insectes.

Armand Dupuy, extrait de La tête pas vite, © Éditions Potentille 2011

lundi 17 octobre 2011

ma nuit je partage


ma nuit je partage la route de l'ouest avec une dizaine de 38 tonnes et les chauffeurs routiers me protègent comme je vois mal sous la pluie et comme il neige fondu si tôt tangue tangue mon véhicule comme je connais le code cet appel avec les phares les routiers je suis de la famille me protègent merci les plantes vont geler peut-être et le chien hurler à la lune descendante froide comme tous ses mots à lui se sont tus, je n'arrête pas de traverser longuement ces novembres dont celui-ci où j'écoute quand deux ou trois parlent au milieu et une femme vue de dos se tient là vers le village qui n'existe plus, se confondent les propos et la rue où quelqu'un vit - bien sûr que non - où quelqu'un meurt c'est long et l'alcool lentement la porte reste close tous les volets jusqu'en matinée puis quelqu'un bouge aussi bien c'est moi pour ranimer la lumière et l'eau, pour souffler sur la poussière ce que j'ignore toute la somme de tout cela alors la femme de 37 ans se délie et dit ce que l'on tait, l'éphémère, ça flotte c'est quoi je ne sais pas ou plus, demain je regarde et aussi mon frère je m'assois près de lui qui m'annonce 10 jours pour la neige les bûches pour tenir le feu qui sera compagnie du pain des pommes et une soupe chaude avant que je avant que je ne m'envole, même pas un baptême de l'air, avant que je ailleurs ce qui est comme une peur que n'ai-je la force de mes bras raidis alors je laisse ne sais d'où les larmes pas du tout rangées sans doute pour ça

© Lou Raoul, extrait chantier en cours

vendredi 14 octobre 2011

et la langue du dragon




Devant le chrysanthème blanc
Ils hésitent un instant
Les ciseaux

© Buson Yosa (1716 / 25 déc 1783)

samedi 24 septembre 2011

Extrait de Les jours où Else

Les jours d'Else / L'hiver où Else

Regarder tout un jour

la pluie fine là, dans l'espace de la rue, dans l'espace existant entre les deux côtés bordés de maisons et d'immeubles bas de granit et de brique, la pluie fine et tenace qui garde ou tient au chaud tous ceux qu'aucune obligation n'amène, en ce jour d'hiver, à franchir les seuils Ça commence comme ça, pour Else
Vous hésitez à imaginer qu'elle sort à la nuit venue Mais à la nuit venue, dans ses vêtements ordinaires, elle sort
C'est dans un champ d'herbe rase qu'elle est d'abord et qu'elle reste, jusqu'à ruisseler sous la pluie fraîche Et de ce champ, elle ignore le nom Dans l'appentis empli de foin, elle n'a pas froid cette nuit-là Puis, quand dans la lumière elle est au bout de la tombe, c'est un lundi
Sachez que pour Else les passages au cimetière ce sont depuis toujours des promenades, c'est prendre l'air Et ceux qui depuis tout ce temps n'ont pas compris, Else s'en moque, sachez-le Ceux qui n'ont pas compris que sur la tombe, Else et les autres s'assoient, parlent, mangent, se recueillent, rêvent, pleurent, somnolent et rient, Else s'en moque
C'est un lundi aux mains vides et Else se tient debout, regardant les pots de fleurs sur la tombe - cyclamens et azalées, jacinthes et primevères Les passages matériels des autres Et les noms gravés dorés sur la stèle, les cinq noms, elle regarde aussi Vous vous demandez comment cinq personnes dans une tombe si petite, un caveau à trois places... vous ignorez que l'on exhume les corps - au moins un une fois par mois, disent les hommes qui travaillent dans les cimetières des villages alentour L'exhumation ça fait de la place



Lou Raoul, extrait de Les jours où Else, © Éditions Isabelle Sauvage 2011

mercredi 21 septembre 2011

qui boite

J’ai vu un ange qui boitait. Il m’est apparu simplement : j’étais assis sur un banc et je voulais allumer du tabac. L’ange me vit et vint allumer mon tabac. Je sais maintenant que tous les hommes devraient boiter. Mais qui en ce monde mériterait d’avoir cette magnifique démarche ? Les prétentions, les audaces, les parades sont à présent à mes yeux les vraies infirmités. (…)

© Jean-Marie Kerwich, L'ange qui boite, Éditions Le Temps qu'il Fait