espace laboratoire de Lou Raoul, avec fenêtres ouvertes

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jeudi 19 avril 2012

qu'alors la vie


Parfois, ils marchent de front et c'est beaucoup mieux parce que des traces de pas posées les unes à côté des autres sont preuve de connivence et qu'alors la vie n'est pas aussi solitaire.

Jón Kalman Stefánsson, Entre ciel et terre, © Éditions Gallimard

mercredi 18 avril 2012

à s'égosiller


Quatre hommes attendaient la venue des anges dans un étang. De l'eau jusqu'aux aisselles, de longues trainées boueuses sur le visage et de grands yeux hébétés, ils se croyaient les derniers humains de la terre. Avec eux dans la lumière dorée, un orignal qui avait aussi trouvé refuge dans l'étang et, perché sur l'épaule du plus jeune d'entre eux, celui qui a raconté, un oiseau pépiait à s'égosiller. 


Jocelyne Saucier, Il pleuvait des oiseaux, © XTZ éditeur

vendredi 13 avril 2012

la nuit d'oiseau


allons la nuit les nuits je ne dors pas allons mon oiseau 
je te pose dehors sur ma tête allons pour aller je dis 
ça tout comme ça très autre chose 

© LRaoul

lundi 9 avril 2012

indañ an inisi *

* sous les îles

I go to these places
Intending to think
To think of nothing
No anticipate
 

© PJ Harvey, Silence / White Chalk


mercredi 4 avril 2012

... qu'il / elle dit




Il a pensé et il a dit :  " Que faire de toutes ces ombres,
de toutes ces traces trouvées en chemin ?
Les taire, bouche cousue,
Les jeter au fond d'un trou, au fond d'un puits ?
Les brûler peut-être ? "
Et, il a encore dit : " Mais qu'elles soient dans la terre,
en cendre ou tout au fond du plus profond des océans,
elles resteront gravées à jamais dans ma mémoire."

Julien Simon, Un drôle de silence, © Ed. Lansman / Collection Phonuscrits Des Radiophonies, 2010



vendredi 30 mars 2012

ta pâture


et bien sûr quelques uns s'approcheront pour brouter et riront bien fort
et pour tout ton plaisir
(qui aussi bien entre les pages ou sur tes images se répand,
 gouttelettes)

ni ma bouche
ni ma nuque
ni mes hanches
ni mes mains
ni les pointes de mes seins

moi je n'ai rien à vendre

© LRaoul

lundi 12 mars 2012

gravats gris


dans les gravats gris traînent des ailes d'anges

Bernard Noël, Le reste du voyage, © Ed. POL

lundi 27 février 2012

copeaux de mots

Saute sur les bêtes sur le breuil la
Mort ailleurs ce qui s’oublie les voitures
Mal englouties remplies de temps d’éclats
Éparpillés copeaux de mots sur
D’autres mots comme on croit fuir ô fracas
Château d’aiguilles déchiquetées sciure
Sur le sang au bas des marches un rat
Tel un récit et toutes ses chaussures
D’air jusqu’à se taire serrer les murs
L’eau les portes les fentes contre soi

Bernard Vargaftig, Et l'un l'autre Bruna Zanchi, © Éditions Belfond





vendredi 24 février 2012

des passages à niveau

Cheminot pendant quarante ans, il manœuvrait les barrières des passages à niveau et s'occupait des aiguillages; pendant quarante ans, comme pour moi, le boulot avait été son seul plaisir et, une fois retraité, il n'aurait pu vivre sans lui. Il s'acheta un vieux poste d'aiguillage d'une ancienne gare désaffectée, l'installa dans son jardin; ses copains, anciens chauffeurs-mécaniciens, dénichèrent à la ferraille une toute petite loco qui avait servi à trimbaler le minerai des hauts fourneaux, une petite loco Ohrenstein et Kopel avec ses rails et trois wagonnets, ils construisirent un circuit entre les arbres du vieux jardin...

Bohumil Hrabal, Une trop bruyante solitude, © Éditions du Seuil 1997