espace laboratoire de Lou Raoul, avec fenêtres ouvertes

espace laboratoire de Lou Raoul, avec fenêtres ouvertes

lundi 7 février 2011

discret carnet


plus loin est l'abbaye en ruines, en voilà deux beaux renards là sur l'étagère et tout ce décor non vous ne trouverez pas mieux gardez tout 
© Lou Raoul
(et pour voir les renards, cf post du 27 mai 2011)

dimanche 23 janvier 2011

ta vie ouverte, reprendre ta place dans la pluie

la pluie lave tout
même les infortunes
la pluie nettoie tout

©  Bérurier Noir, extrait de la chanson La pluie


lundi 10 janvier 2011

ta vie ouverte à croire aussi

Fou trop poli

La douceur m'a manqué comme elle manque à tous en toutes circonstances. J'ai dû me protéger contre tout. J'ai appris à mentir. J'ai fait le mort. J'ai fait en sorte de n'être qu'un cadavre animé, me séparant sans tristesse de ce qui me constituait, me séparant de mes peaux, de mes dents, de mes ongles, de ma mère, de mon père, de mes frères, de mes sœurs, empilant sous moi des jours et des jours.

Eugène Savitzkaya, extrait de Fou trop poli, © Éditions Minuit 2005

mercredi 5 janvier 2011

loin à l'ouest, tu


Toul ma frenestr 'tarzh ur jardin
Me 'ya d'e welet bep mintin


Dans le trou de ma fenêtre resplendit un jardin
Je le regarde chaque matin

© Denez Prigent / extrait de la chanson Ur Fulenn Aour



mardi 7 décembre 2010

Extrait de Prénom et nom


(...)
Le temps qu’elle mit à comprendre qu’il lui fallait devenir étrangère
est pour vous bien court
est pour vous bien long
ou
vous ne pouvez pas dire.

© Lou Raoul, extrait de Prénom et nom


mercredi 1 décembre 2010

Extrait de Sven

la neige Laponie

ici tu n'oublies pas, Else, d'aspirer la lettre h qui se trouve dans cette ville petite qui a nom Carhaix et tout cela c'est bien avant cette affaire de musique oui c'est ton paysage, Else, juste au nord de Car-H-aix, dit ta mère et dans ton paysage Else, il neige presque pas et ça dure peu comme deux jours et presque tout s'arrête alors parce que presque personne n'a les pneus qui
tu regardes, Else, par les fenêtres silencieuses et puis tu marches tu crisses la neige sous tes bottes et cette histoire de silhouettes en ribambelle, dit ta mère un jour de neige ses enfants et elle allant visiter quelqu'un un peu loin du bourg et s'allongeant tous les quatre sur les bas-côtés de la route pour dessiner des personnages grandeur nature un grand trois petits dans la neige et finalement un peu trempés leurs vêtements mais rigolant bien tout au long de la route
et à Car-H-aix beaucoup plus de neige que dans ton paysage proche, dit ta mère et Filo la femme à son comptoir sert du café fumant aux chauffeurs des camions aux pneus à clous tandis que d'autres ont divers mots pour la neige de Laponie et c'est muotta la neige en général et vacca, la nouvelle neige et abbas, la neige non piétinée celle que préfèrent les rennes et ciegar, la neige piétinée et saenas, la neige granuleuse et facile à gratter et skar'ta, la neige gelée en fines couches et cuono, la neige gelée en couches épaisses et caer'ga la neige gelée en plaque et jassa la neige gelée en plaque isolée l'été et sievla la neige mêlée d'eau qui rend la marche pénible au printemps, disent-ils et la peau comme neige qui fond des mains de ta mère

 Lou Raoul, extrait de Sven, © Éditions Gros Textes  février 2011




vendredi 26 novembre 2010

jeudi 25 novembre 2010

L'île de T

Je suis allé mettre des pas dans l'ex village de Bober,
comme on va mettre des fleurs au cimetière. 
 
© Pascal Ruef , extrait de L'île de T.

mercredi 17 novembre 2010

mettons

mettons que par ici
s'ils viennent
ça dépend à quelle heure
ils te croiseront

samedi 13 novembre 2010

au fond au loin aussi bien


c'est par où tu vas
c'est tout au bout au fond au loin auprès de
tu fais la paix avec tes diables                                 c'est aussi bien ici

dimanche 7 novembre 2010

la brèche aux cornes

© Jean-Christophe Belleveaux pour la photo,
avec son aimable autorisation


tu vas donc
tu vas
passer ici
suivre la


et franchissant la brèche
t'éloigner d'ici
te rapprocher de


tu vas
tu vas donc
aux herbes aux bêtes aux étoiles

© LR, novembre 10

jeudi 28 octobre 2010

Extrait chantier en cours

la brise légère fait tourner la girouette vois-tu en montant l'escalier alors tu restes longtemps sur le palier, suspendu un sourire sur ta bouche petite et paisible fait pas froid ici  

© Lou Raoul

mercredi 13 octobre 2010

pommes et nashis au petit veau, rencontre d'octobre 10

Extrait de Prairie jaune tanaisie


Roscoat

aussi bien que maintenant rapproché
tu ne prends, Else, pas un train TGV ni un train TER, ni un car, ni une automobile
tu regardes tes pieds chaussés

aussi bien que maintenant rapproché
tu regardes la carte, tous les détours que tu fais
tu regardes la carte, loin des routes passantes tu vas
tu évalues les heures du parcours, quelques soixante kilomètres
les heures pour parvenir sur la rive du Roscoat, ce cours d'eau-là

aussi bien que maintenant rapproché
là un paysage ébréché où tu penses attendre
avec du silence

tout ce que tu ne cherches plus
c'est peut-être aussi bien

© Lou Raoul, extrait de Prairie jaune tanaisie in Else avec elle à paraître aux éditions Isabelle Sauvage au printemps 2012



vendredi 8 octobre 2010

Extrait de Else comme absentée



alors les draps étendus à l'air froid, des reflets blancs sur les fils ça sèche. tu bois de l'eau, tu ne dis rien, tu penses au chèque pour le loyer d'où tu vis. tu couds d'anciennes médailles religieuses vierges des perles et l'écharpe de ton frère tu la suspends. les semelles de tes chaussures sur l'asphalte ne font aucun bruit, tu cherches Andreï Tarkovski, ces images-là.
(...)
Lou Raoul, extrait de Else comme absentée,© Éditions Henry, 2011

lundi 4 octobre 2010

Extrait de quand elle

L'homme se déplace dans le champ, sur son dos est attaché un pulvérisateur en plastique jaune vif. Il sulfate les rangs de pommes de terre. Il ne faut pas que le mildiou les prenne. Elle voit dans l'appentis le vieux pulvérisateur en cuivre, plus lourd que celui en plastique. Dans l'appentis aussi le lavoir en ciment, elle chante en brossant ses chaussures en toile jusqu'à ce que les mots - tiens tu chantes toi !? qui enrouent sa voix pour quelques temps. Elle ne s'arrête jamais devant les images des agences de voyage. Dans le silence d'une chambre haute, quelqu'un parle de l'Inde où il va souvent. Y'a aucune voix à écouter, elle lit ça sur un écran. Elle vit en 2010. Elle mesure si elle est seule ou pas. Comme si c'est un métier d'écrire. Quelqu'une vit dans une maison perchée et en espaliers. Évidemment les bouts de jardin environnants sont eux aussi en espaliers, quelques radis ronds et rouges et blancs à cueillir. Elle n'ose pas encore demander à cette autre femme -disons une voisine- si c'est possible de faire un tour dans son jardin -est-ce que ça se fait ? ça se fait pas ?
- tous les violiers, les lupins et les arums, c'est pas pour déranger. Après elle salue de loin. Plus loin, loin, derrière les chants divers du geai, ronronne une tondeuse. Peut-être un tracteur tondeuse et au volant un homme ou bien une femme qui mâchonne un bout d'herbe. Dans le ciel bleu, volent les chatons des saules qui aiment l'eau. Un bois de saules. Dans ce bois de saules, petit bois de saules, elle veut y être comme si elle peut. Elle répond pas aux questions qui la regardent de haut, maintenant elle dit de ça j'en parle pas. Elle parle pas tellement. Elle pense qu'elle joue le rôle de la folle, enfin qu'elle essaie. Elle devient rien. Juste que tournent les robinets d'eau vive qui éclabousse et mousse avec le passé le présent tout mélangés. Tout mélangés.
(...)

© Lou Raoul, extrait de quand elle in Else avec elle, Editions Isabelle Sauvage 2012

c'est encore


du ciel bleu dans nos yeux
 les nuages laissent

samedi 2 octobre 2010

du tout



ces choses,
cherche encore si c'est la fois où 
ou bien la fois où tu ne sais pas
c'est pas grave
du tout,
sont passées


et l'avion

© LR

lundi 27 septembre 2010

allez je file encore tout mon temps à coudre découdre des mots

un jour comme dans l'île ma vie








Par cœur tous les noms de famille de l'île.

Sur un banc tout près, des femmes sont assises et discutent des nouvelles du jour - l'hélicOptère est v'nu parce que Marie est tombée dans l'escalier et le fils de Pierre me connaissait pas l'aut' jour quel beau temps, c'est agréAbl'-


L'une d'entre elles repart ensuite en tracteur vers sa maison. Il est cinq heures et demi. C'est samedi.









  L Raoul, septembre 2010

mardi 17 août 2010

Extrait de Les jours où Else


Dans l’appentis, elle n’a pas froid non plus la seconde nuit Elle s’étonne de retrouver la chaleur du foin sec et vieux, entreposé là, oublié, inutile depuis toutes ces années Dans le foin où naissent et grandissent les petits chiens bâtards qu'Else et les autres tiennent à deux mains et pressent contre leurs visages, aspirant l’odeur sucrée des poils ras

Lou Raoul, extrait de Les jours où Else, © Éditions Isabelle Sauvage, mars 2011

en rouille enrouillée



 et c'est ici 
que tu respires

que tu dis

looking for something and wanted Juliette

   
© T Vi pour la photo


L’enfant passe du temps à l’épicerie.
Ici, tout est de bois et de tôle. L’ancienne baignoire recouverte de planches permet l’étalage des différents articles. Au début, il y en a peu : une boîte de camembert, un paquet de gâteaux, un baril de lessive. Ça s’étoffe chaque jour, au gré de la consommation de la famille dans la maison voisine. Les deux étagères et la table de bois, le siège pliant en toile, le collier du cheval, la vaisselle en plastique. On trouve aussi cela à l’épicerie.

L’enfant ne la situe pas vraiment géographiquement. Tout de même, lorsque l’autre enfant placarde des affiches qu’il réalise où l’on peut lire wanted écrit en grand, où l’on peut considérer la barbe hirsute et le chapeau d’un homme et sous le portrait les nom et prénom de cet homme, elle hausse les épaules et retourne disposer ses emballages, ses articles. Elle pense que l’épicerie n’est pas dans le Far-West mais elle entend l’autre enfant qui passe en imitant des cavalcades de chevaux. Il porte un chapeau sur ses cheveux blonds, une chemise à carreaux, une grosse ceinture noire.

A la porte ouverte, le ciel de juillet est bleu et aéré.

© Lou Raoul, extrait de La photographie d'Adèle