Viktor Krivouline, Poèmes après les poèmes (Anthologie présentée et traduite par Hélène Henry), © Éditions Les Hauts Fonds 2017
espace laboratoire de Lou Raoul, avec fenêtres ouvertes
vendredi 3 septembre 2021
Vrata 10
mardi 3 août 2021
Vrata 9
“ Treize enfants, six adultes, voilà combien nous étions. Devant la porte, il y avait une quantité de chaussures. Tu trébuchais avant d’entrer. Si tu n’as pas de bonnes semelles, tu ne peux pas bien vivre par ici, c’est clair. Maman rapiéçait, rapetassait. Mais si tu avais tout de même besoin de chaussures neuves, tu envoyais une lettre et quelques jours plus tard, la commune te les apportait. Ou de la farine. Ou des médicaments. C’était encore du temps de Tito. La commune s’occupait de tout. Mais malheur à toi si la commune décidait de prendre et non de donner. A ce moment-là, ce n’était pas un seul Bonhomme Hiver qui se pointait à ta porte avec une pleine hotte de chaussures, ils venaient à trois ou quatre, sortaient leurs cartes professionnelles, et ce n’était pas histoire de rompre le pain avec toi ” dit Sretoje (…)
Saša Stanišić, Origines, © Éditions Stock La Cosmopolite 2021
vendredi 23 juillet 2021
Vrata 8bis
J’ai mis fin à mes jours parce qu’on m’a sans cesse estropié,
Cinquante-sept ans durant, j’ai tout compris de travers
jusqu’à ce que j’examine l’envers du miroir.
Pas de naissance sans mort. Ça marche dans l’autre sens.
put on backward, the repairs eating up money and time.
For fifty-seven years I've had it all wrong
until I studied the other side of the mirror.
No birth before death. The other way around.
How pleasant to get off a horse in the middle of the lake
Jim Harrison, L’Éclipse de lune de Davenport et autres poèmes, traduction de l’américain de Jean-Luc Piningre, édition bilingue collection La petite Vermillon, © Éditions de la Table Ronde 2016
samedi 3 juillet 2021
mardi 8 juin 2021
Vrata 7
Faut voir ce qu'on prend, dès qu'on dit un peu quelque chose. Même le plus fou furieux mec du hip-hop n'est pas maltraité comme une femme. Pourtant, on sait ce que les Blancs pensent des Noirs. Il n'y a pas pire qu'être une femme jugée par des mecs. Tous les coups sont permis, à commencer par les plus crades. On n'est même pas des étrangères : on est sous-titrées, tout le temps, parce qu'on ne sait pas ce qu'on a à dire. On ne le sait pas aussi bien que les mâles dominants, qui sont habitués depuis des siècles à écrire des livres sur la question de notre féminité et de ce qu'elle implique. (...)
Le féminisme est une révolution, pas un réaménagement des consignes marketing, pas une vague promotion de la fellation ou de l'échangisme, il n'est pas seulement question d'améliorer les salaires d'appoint. Le féminisme est une aventure collective, pour les femmes, pour les hommes, et pour les autres. Une révolution, bien en marche. Une vision du monde, un choix. Il ne s'agit pas d'opposer les petits avantages des femmes aux petits acquis des hommes, mais bien de tout foutre en l'air.
Virginie Despentes, King Kong Théorie, © Éditions Grasset 2006
jeudi 3 juin 2021
jeudi 13 mai 2021
samedi 24 avril 2021
dimanche 21 février 2021
Vrata 2b
Août 2017 - Le gouvernement d'Emmanuel Macron retire cinq euros par mois aux Français les plus précaires, il retient cinq euros par mois sur les aides sociales qui permettent aux plus pauvres en France de se loger, de payer un loyer. Le même jour, ou presque, peu importe, il annonce une baisse des impôts pour les personnes les plus riches de France. Il pense que les pauvres sont trop riches, que les riches ne sont pas assez riches. Son gouvernement précise que cinq euros, ce n'est rien. Ils ne savent pas. Ils prononcent ces phrases criminelles parce qu'ils ne savent pas. Emmanuel Macron t'enlève la nourriture de la bouche.
Edouard Louis, Qui à tué mon père, © Éditions du Seuil 2018
samedi 20 février 2021
dimanche 3 janvier 2021
Vrata 1
mardi 8 décembre 2020
Kolodvor 12
après la guerre
je
faisais semblant de ne pas être un oiseau
dans l’eau
j’attelais deux mondes
je m’offrais aux écailles
ils
étaient indulgents envers mes fausses branchies
je passais en
douce de l’oxygène et de l’amour
aux poissons et aux
plantes aquatiques
leur reconnaissance grandissait avec les
algues et cela ne nous gênait pas
d’être mal intégrés et
moqués
cela ne nous gênait pas
que sur la côte nos
jouets soient cassés
comme les liens de proximité
que
tout soit cassé sauf l’eau qui court trop vite
pour qu’on
puisse l’attraper
Monika Herceg, Ciel sous tension, © Éditions de l’Ollave, 2019
jeudi 5 novembre 2020
Kolodvor 11
une nuit claire, chaude et douce comme la face interne de tes cuisses, ce matin-là tu dormiras tard, le jour tu te réveilleras, la nuit tu seras à moitié avec moi, somnolente, derrière les fenêtres le vent balaiera la neige, toujours, toujours, une avalanche, derrière les fenêtres les paumes gelées par la gelée touchent la peau blanche des pommiers, le jardin s'étend presque nu à travers une large étendue à perte de vue, lourdes et lentes, les mères mortes étendent les draps de lit battus à blanc, leurs robes à fleurs qui reviennent rarement en rêve, froufroutent
ô douce, ma douce, tu m'offres à moi, faible et vide
Vladas Braziunas, Grandes sont les nuits, © Éditions L'Harmattan, 2007
samedi 3 octobre 2020
Kolodvor 10
essai sur la poésie
juste pas trop vite. ça doit être fait le plus lentement
possible, il faut mettre les bons accents, du raffinement.
jeudi 3 septembre 2020
Kolodvor 9
Trieste Umberto Saba
popolosa in principio, in là deserta,
chiusa da un muricciolo :
un cantuccio in cui solo
siedo ; e mi pare che dove esso termina
termini la città.
grazia. Se piace,
è come un ragazzaccio aspro e vorace,
con gli occhi azzurri e mani troppo grandi
per regalare un fiore ;
come un amore
con gelosia.
scopro, se mena all’ingombrata spiaggia,
o alla collina cui, sulla sassosa
cima, una casa, l’ultima, s’aggrappa.
circola ad ogni cosa
un’aria strana, un’aria tormentosa,
l’aria natia.
ha il cantuccio a me fatto, alla mia vita
pensosa e schiva.
Trieste
J’ai traversé toute la ville.
Puis j’ai pris un raidillon,
fermé par un muret :
un petit coin où seul
je m’assieds ; et on dirait que là où il s’achève,
s’achève la ville.
rebelle. Si elle séduit,
elle est telle un mauvais garçon, âpre et vorace,
aux yeux bleus et aux mains trop grandes
pour faire cadeau d’une fleur ;
elle est comme un amour
tout empli de jalousie.
chacune de ses rues, qu’elles mènent à la plage fourmillante
ou bien à la colline où, sur la crête
pierreuse, s’accroche la dernière des bâtisses.
Alentour
enserrant toute chose
un air étrange, un air de tourment,
l’air de la terre natale.
possède son petit coin juste à ma mesure, fait pour ma vie
méditative et retirée.
Traduction © Valérie Brantôme, 2013
samedi 8 août 2020
samedi 11 juillet 2020
Kolodvor 7
samedi 13 juin 2020
Kolodvor 6
jeudi 14 mai 2020
Kolodvor 5
Gazmend Kapllani, Je m'appelle Europe, © Éditions Intervalles, 2012