espace laboratoire de Lou Raoul, avec fenêtres ouvertes

espace laboratoire de Lou Raoul, avec fenêtres ouvertes

dimanche 3 mars 2024

digomplimant 5


Les plantes indolentes proliféraient et croissaient en soupirant dans leur feuillage docile. Les bêtes somnolaient ou s’accouplaient avec résolution, indifférentes à la fatalité et au destin des hommes, faisant claquer leur haleine épaisse et noble dans l’air incolore. Dieu n’existait plus ou avait abdiqué, du moins ne contrôlait-il plus l’immense fourmillement des créatures parmi la végétation foisonnante. Plus rien désormais ne pouvait intercéder entre Lui et les êtres vivants.

Christophe Manon, extrait de Pâture de vent,  © Editions Verdier 2018

mardi 20 février 2024

digomplimant 4

Gwerz Marivonig kanet gant Marsel Gwilhous ha Ronan Gueblez / Loaned Fall 2003 *

* Chanson Marivonig chantée par Marcel Le Guilloux et Ronan Gueblez / Loaned Fall 2003


Extrait de Marcel Le Guilloux, chanteur, conteur, paysan du Centre-Bretagne, Marthe Vassalo, Ifig et Nanda Le Troadec, © Editions Dastum et Presses Universitaires de Rennes, 2019. Image du texte intégral des paroles de Marivonig.







jeudi 18 janvier 2024

mercredi 3 janvier 2024

digomplimant 1

Luc Ferrari Presque rien n°1 / Le lever du jour au bord de la mer 

Ecoute au casque conseillée.

Prises de son réalisées à Vela Luka sur l'île de Korčula / Croatie à la fin des années 1960. Luc Ferrari précise ceci dans un entretien diffusé sur France Musique que l'on retrouve ici 


                             ©  LRaoul, siječanj 2022, Vis Otok 


samedi 18 novembre 2023

crvena ptica 12

Marie-Claire Mitout 

19 novembre 1990 - gouache / papier 25,5x19 cm - Série autobiographique "Les Plus Belles Heures’’ - trace du meilleur moment de la veille - peintures quotidiennes - Dairy autobiography painting ’’the most beautifull hours’’ - the best moment of the day before

au sujet de ce projet artistique Marie-Claire Mitout / Les plus belles heures

dimanche 5 novembre 2023

crvena ptica 11

Nous étions si bien accoutumés aux trains que nous commencions à mesurer le temps d'après le trafic ferroviaire, ce grand réveille-matin capricieux. La nuit, dans un demi-sommeil, nous entendions soudain le pianissimo cristallin des verres dans les commodes, puis la maison se mettait à trembler et le train découpait notre chambre en morceaux avec les grands carrés lumineux de ses fenêtres, qui se poursuivaient avec frénésie. Cela ne faisait qu'accroître notre désir de partir au loin, notre rêve d'évasion. Car, durant cette année passée au bord du remblai du chemin de fer, à l'époque où mon père au plus bas, le mot "partir" n'avait pas seulement une résonance lyrique, il évoquait aussi la pensée très utilitaire de la fuite, le fait d'échapper à la peur et à la faim. Mais l'idée de fuir ne faisait qu'accroître notre vertige : nous nous mîmes à vivre dans notre chambre comme dans un compartiment de train. Bien sûr, l'idée était de mon père. Nous gardions nos affaires enfermées dans les valises et buvions le thé du thermos. Toute la journée, en l'absence de mon père, nous somnolions l'un près de l'autre derrière les rideaux baissés, enveloppés dans des couvertures, comme en voyage. 

 Danilo Kiš, Jardin, cendre, © Éditions Gallimard L'imaginaire 1971



samedi 7 octobre 2023

crvena ptica 9




Anna Zemánková
 sans titre (réminiscence de séraphine de senlis), 1968
62.5 x 88 cm
© galerie christian berst art brut



mardi 13 juin 2023

crvena ptica 8

Ne jamais se fier à Google Maps dans les zones rurales. Nous nous arrêtons à une station de bus où une jeune femme se vernit les ongles au milieu de sacs de provisions. Au sujet du trajet alternatif que propose Google, elle remarque : “Si vous passez par là, la montagne va vous avaler.” Elle ajoute que nous devons prendre la direction d’Uvac, où la montée vers Oskoruša ne fait que commencer. Elle va aussi par là, aujourd’hui, le bus passera ou ne passera pas. “Vous m’emmenez ?”

Difficile de refuser, évidemment. Elle demande si elle peut finir en vitesse de se vernir les ongles. Bien sûr on pourrait répondre que l’on est pressé. Mais nous nous taisons.

Saša Stanišić, Origines, © Editions Stock La Cosmopolite 2021