espace laboratoire de Lou Raoul, avec fenêtres ouvertes
samedi 24 avril 2021
dimanche 21 février 2021
Vrata 2b
Août 2017 - Le gouvernement d'Emmanuel Macron retire cinq euros par mois aux Français les plus précaires, il retient cinq euros par mois sur les aides sociales qui permettent aux plus pauvres en France de se loger, de payer un loyer. Le même jour, ou presque, peu importe, il annonce une baisse des impôts pour les personnes les plus riches de France. Il pense que les pauvres sont trop riches, que les riches ne sont pas assez riches. Son gouvernement précise que cinq euros, ce n'est rien. Ils ne savent pas. Ils prononcent ces phrases criminelles parce qu'ils ne savent pas. Emmanuel Macron t'enlève la nourriture de la bouche.
Edouard Louis, Qui à tué mon père, © Éditions du Seuil 2018
samedi 20 février 2021
dimanche 3 janvier 2021
Vrata 1
mardi 8 décembre 2020
Kolodvor 12
après la guerre
je
faisais semblant de ne pas être un oiseau
dans l’eau
j’attelais deux mondes
je m’offrais aux écailles
ils
étaient indulgents envers mes fausses branchies
je passais en
douce de l’oxygène et de l’amour
aux poissons et aux
plantes aquatiques
leur reconnaissance grandissait avec les
algues et cela ne nous gênait pas
d’être mal intégrés et
moqués
cela ne nous gênait pas
que sur la côte nos
jouets soient cassés
comme les liens de proximité
que
tout soit cassé sauf l’eau qui court trop vite
pour qu’on
puisse l’attraper
Monika Herceg, Ciel sous tension, © Éditions de l’Ollave, 2019
jeudi 5 novembre 2020
Kolodvor 11
une nuit claire, chaude et douce comme la face interne de tes cuisses, ce matin-là tu dormiras tard, le jour tu te réveilleras, la nuit tu seras à moitié avec moi, somnolente, derrière les fenêtres le vent balaiera la neige, toujours, toujours, une avalanche, derrière les fenêtres les paumes gelées par la gelée touchent la peau blanche des pommiers, le jardin s'étend presque nu à travers une large étendue à perte de vue, lourdes et lentes, les mères mortes étendent les draps de lit battus à blanc, leurs robes à fleurs qui reviennent rarement en rêve, froufroutent
ô douce, ma douce, tu m'offres à moi, faible et vide
Vladas Braziunas, Grandes sont les nuits, © Éditions L'Harmattan, 2007
samedi 3 octobre 2020
Kolodvor 10
essai sur la poésie
juste pas trop vite. ça doit être fait le plus lentement
possible, il faut mettre les bons accents, du raffinement.
jeudi 3 septembre 2020
Kolodvor 9
Trieste Umberto Saba
popolosa in principio, in là deserta,
chiusa da un muricciolo :
un cantuccio in cui solo
siedo ; e mi pare che dove esso termina
termini la città.
grazia. Se piace,
è come un ragazzaccio aspro e vorace,
con gli occhi azzurri e mani troppo grandi
per regalare un fiore ;
come un amore
con gelosia.
scopro, se mena all’ingombrata spiaggia,
o alla collina cui, sulla sassosa
cima, una casa, l’ultima, s’aggrappa.
circola ad ogni cosa
un’aria strana, un’aria tormentosa,
l’aria natia.
ha il cantuccio a me fatto, alla mia vita
pensosa e schiva.
Trieste
J’ai traversé toute la ville.
Puis j’ai pris un raidillon,
fermé par un muret :
un petit coin où seul
je m’assieds ; et on dirait que là où il s’achève,
s’achève la ville.
rebelle. Si elle séduit,
elle est telle un mauvais garçon, âpre et vorace,
aux yeux bleus et aux mains trop grandes
pour faire cadeau d’une fleur ;
elle est comme un amour
tout empli de jalousie.
chacune de ses rues, qu’elles mènent à la plage fourmillante
ou bien à la colline où, sur la crête
pierreuse, s’accroche la dernière des bâtisses.
Alentour
enserrant toute chose
un air étrange, un air de tourment,
l’air de la terre natale.
possède son petit coin juste à ma mesure, fait pour ma vie
méditative et retirée.
Traduction © Valérie Brantôme, 2013
samedi 8 août 2020
samedi 11 juillet 2020
Kolodvor 7
samedi 13 juin 2020
Kolodvor 6
jeudi 14 mai 2020
Kolodvor 5
Gazmend Kapllani, Je m'appelle Europe, © Éditions Intervalles, 2012
mardi 7 avril 2020
Kolodvor 4
mardi 3 mars 2020
Kolodvor 3
La glace de son corps fond
sous ses paumes.
L'automne des fruits sous ses doigts s'éveille.
L'automne de sa chair.
Il lui dit : ton corps a le parfum
de la mousse sous le fruit.
Cela dit,
deux forêts de pensées têtues
se divisent sur deux versants opposés.
Des caresses de leurs mains, ils abattent
les murailles de rocs séparant leurs yeux.
Il lui dit : je suis saoul de tes jambes.
Elle lui répond :
je suis poussière de l'arc-en-ciel de ton souffle.
Elle lui murmure :
mon corps est baptisé par ton parfum.
Puis ils restent allongés, tout à fait tranquilles.
Au-dessous d'eux, très profondément, bruissent
les deux forêts enchaînées dans la glace.
Mais ils restent allongés, silencieux à la surface du silence.
A ce point muets qu'ils entendent
s'élever entre eux un barrage immense.
Par-dessus, l'eau glacée déborde.
Dane Zajc, La poésie slovène contemporaine, anthologie © Éditions Seghers, 1971
samedi 8 février 2020
Kolodvor 2
Les murs souffrent des gobelins de ma mère,
La petite jeune fille coiffée d'un bonnet, La Pirate, Jean le Sale
et plus encore des photographies accrochées à côté d'eux :
le mariage de ma sœur, la réception du président.
Aujourd'hui, ils ont accroché aussi mon diplôme à un clou
et il se trouvera une place pour quelque médaille du travail.
Demain on collera le calendrier Orthodoxe
à côté de l'autre qui, dit-on, compte le temps autrement.
Tous ceux qui viennent laissent quelques traces d'eux-mêmes,
ils collent de petites photos et des ventouses en plastique,
et suspendent leurs ombres autour de l'horloge murale
sur des patères à peine clouées.
Il m'a fallu ensuite jusqu'à l'aube,
étayer les murs avec ma vie
en attendant l'arrivée des ouvriers pour les bétonner à nouveau.
Les murs s'endormirent, moi, j'ai failli mourir.
Ne les réveillez pas à coups de marteaux, ne les réveillez pas, oh non,
Laissez-les nus et moi seule avec eux et moi seule avec eux.
Lidja Dimkovska, Comment c'est Kako e et autres poèmes, © Éditions Al Manar, 2018
vendredi 3 janvier 2020
Kolodvor 1
Sergueï Lebedev, L'année de la comète, © Éditions Verdier, 2016
samedi 14 décembre 2019
Svjetlosna godina 14
J'agitais mes ailes puissantes, en bas glissaient
Les prés bleutés, les saules, une rivière serpentine.
Voici le château et ses douves, à côté les jardins
Où se promène mon aimée.
Mais au retour je dus veiller
A ne pas perdre le livre magique
Glissée dans ma ceinture. Je n'arrivais jamais
A m'élever très haut - et j'approchais des montagnes.
Avec peine j'atteignis la crête dominant la forêt
Rouillée de feuilles de chêne et de châtaignier.
Là, une main invisible jetait des ramilles
A des oiseaux gravés sur une branche sèche
Pour me faire descendre par des moyens magiques.
Je tombai. Elle me tint sur son gant -
Moi devenu faucon aux plumes tachées de sang -
La Sorcière du Désert. Au château elle avait découvert
Les incantations écrites dans mon livre.
Czeslaw Milosz, Enfant d'Europe, © Éditions L'Age d'Homme, 1980
jeudi 7 novembre 2019
Svjetlosna godina 13
Georg Büchner, Lenz, © Editions Chambon/Le Rouergue, 2006
mardi 8 octobre 2019
Svjetlosna godina 12
Au cimetière étrange de Lofoten
L'horloge du dégel tictaque lointaine
Au cœur des cercueils pauvres de Lofoten
Et grâce aux trous creusés par le noir printemps
Les corbeaux sont gras de froide chair humaine
Et grâce au maigre vent à la voix d'enfant
Le sommeil est doux aux morts de Lofoten
Et pourtant c'est en moi comme si j'aimais
Ce lointain coin de terre et toute sa peine
Vous disparus, vous suicidés, et vous lointaines
Au cimetière étrange de Lofoten
- Le nom sonne à mon oreille étrange et doux.
Vraiment, dites-moi, dormez vous, dormez-vous ?
- Tu pourrais me conter des choses plus drôles
Beau claret dont ma coupe d'argent est pleine.
Des histoires plus charmantes et moins folles ;
Laisse-moi tranquille avec ton Lofoten.
Il fait bon. Dans le foyer doucement traîne
La voix du plus mélancolique des mois.
- Ah ! les morts, y compris ceux de Lofoten -
Les morts, les morts sont au fond moins morts que moi.
Oscar Vladislas de Lubicz Milosz, © Éditions André Silvaire